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Confinement: Le pétrole américain se négocie en territoire négatif

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Par: Maria MOUATADID

Casablanca – Lundi 20 avril 2020, le prix du baril de brut texan a basculé nettement sous la barre de zéro dollar. Une journée noire qui restera à jamais gravée dans les annales du marché pétrolier américain.

En ces temps de confinement, le monde a assisté à une chute spectaculaire des prix du pétrole à New York, provoquée principalement par une baisse de la demande, due à la pandémie de coronavirus, et des réserves de stockage américaines quasi-pleines.

Ainsi, le cours du baril de brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) pour livraison en mai, a d’abord dévissé à zéro avant de terminer à un prix négatif de -37,63 dollars, les investisseurs et spéculateurs étant prêts à s’en délester à tout prix, un fait inédit depuis près de 40 ans de cotation.

Comme plusieurs marchandises, le pétrole peut s’acheter « cash », pour des livraisons instantanées, mais à New York, le brut est coté sur un marché à terme car il s’agit d’un produit spéculatif, a expliqué, dans une déclaration à la MAP, l’analyste financier basé à Paris, Omar Abouhafs.

« Le vendeur et l’acheteur se fixent un prix ferme aujourd’hui pour une livraison de pétrole à une date ultérieure préalablement déterminée », a-t-il relevé, notant que le prix pour les livraisons de WTI du mois de mai a dégringolé de 300% puisque les contrats arrivent à échéances et personne ne souhaite se trouver avec des barils en surplus en cette période d’incertitude et de faible demande.

« C’est impressionnant car c’est la première fois dans l’histoire qu’on a un prix négatif pour des livraisons du mois suivant », a-t-il fait remarquer.

En dépit de l’accord de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de ses partenaires, qui se sont engagés mi-avril à réduire leur production de 10 millions de baril par jour, un stockage du brut s’impose en attendant la reprise, a noté l’analyste, rappelant qu’aux Etats-Unis, premier producteur mondial devant la Russie et l’Arabie saoudite, les espaces de stockage approchent de la saturation.

Lundi, le cabinet Rystad Energy a estimé que la capacité de stockage restante était de 21 millions de barils à Cushing, la ville de l’Oklahoma où sont stockés les barils servant de référence au WTI. A ce rythme, la capacité de stockage américaine arrivera à saturation courant mai prochain.

Avec les plateformes de stockage déjà énormément gonflées, les producteurs se sont redirigés vers les « tankers », des navires citernes servant à transporter le pétrole pour stocker leur or noir, a fait observer M. Abouhafs.

Cependant, la demande pour ces navires pétroliers a explosé et les prix de location s’envolent à 150.000 dollars par jour au lieu de 30.000 dollars auparavant, a précisé l’analyste. « Les producteurs préfèrent non seulement vendre à perte mais payer les acquéreurs qui décident d’acheter leur stocks « fardeau », a-t-il fait savoir.

Selon l’analyste, les retombées de cette crise pétrolière sont difficiles à cerner. « Elles sont certainement terribles pour l’industrie du pétrole de schiste aux Etats-Unis et plus particulièrement pour ses petits producteurs qui commencent à déclarer faillite », a t-il poursuivi.

« Même un poids lourd, comme la société américaine de schiste Whiting Petroleum a déjà fait banqueroute à la surprise générale, mettant des milliers d’employés au chômage et laissant des milliards de dollars de dettes », a constaté M. Abouhafs.

Sans l’intervention de l’Etat pour freiner l’hémorragie et injecter des milliards de dollars pour soutenir l’économie (2.000 milliards de dollars annoncés par le président américain), « le bout du tunnel sera difficilement atteignable », a souligné l’analyste financier.

Les analystes s’accordent sur le fait que les mois à venir, plus de réponses seront apportées avec le déconfinement progressif annoncé dans plusieurs pays du monde et la reprise économique qui portera bien évidemment les cours de pétrole à des niveaux plus raisonnables, a conclu M. Abouhafs.

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