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Africa CEO Forum 2022: Interview avec Mohamed Anouar Jamali

– Propos recueillis par Zin El Abidine TAIMOURI –

Le Directeur Général de OCP Africa, Mohamed Anouar Jamali, a accordé, à l’occasion de l’Africa CEO Forum (ACF-2022), une interview à la MAP dans laquelle il a mis l’accent sur la vision du Groupe pour l’Afrique et sa contribution au développement de l’agriculture dans le continent. En voici la teneur:

– Quelle vision de l’OCP pour l’Afrique ?

En Afrique, le secteur agricole est au cœur des économies. Avec une contribution à hauteur de 30% du PIB et 60% de la population active dans l’agriculture, le secteur revêt une importance capitale pour le développement socioéconomique du continent.

L’agriculture africaine dispose d’atouts considérables. D’une part, l’Afrique regorge d’immenses étendues de terres cultivables, plus précisément 65% des terres arables disponibles sur la planète. D’autre part, le continent peut compter sur une diversité de zones agro-écologiques et de climats, qui crée un vaste potentiel en termes de combinaison de produits agricoles qui peuvent être cultivés et commercialisés sur les marchés intérieurs et extérieurs.

Grâce à ces potentialités, l’Afrique a pu se positionner ces 10 dernières années comme producteur important de commodités.

En effet, le continent concentre entre autres 75% de la production mondiale de cacao, 55% de la production de manioc, 43% de la production de millet ou encore 42% de la production de sorgho.

Nous souhaitons contribuer à cette incroyable transformation des systèmes alimentaires du continent en permettant aux petits exploitants agricoles africains de passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture moderne et créatrice de valeur.

– Quels sont les défis majeurs auxquels fait face le continent africain ?

La forte proportion de jeunes, la disponibilité de terres arables et l’abondance des ressources hydriques, sont des atouts majeurs du continent pour faire face à l’un de ses principaux défis, celui de nourrir durablement une population croissante. Le continent a le potentiel de produire suffisamment et d’exporter ses excédents.

Malgré des niveaux de production en hausse ces dernières années, le continent africain continue d’être un importateur net de produits agricoles pour satisfaire les besoins alimentaires de base de sa population.

La facture des importations s’élevait à 45 milliards de dollars en 2019. Ce chiffre atteindrait 100 milliards de dollars en 2030 si aucun changement structurel n’est amorcé. Le secteur agricole pourrait permettre un développement socioéconomique sans précédent sur le continent, avec des taux élevés de croissance économique.

Toutefois, cela nécessitera inévitablement une augmentation considérable de la production agricole. Des rendements agricoles plus importants contribueraient ainsi à assurer la sécurité alimentaire et baisser le coût des importations alimentaires. Cela aurait aussi des avantages économiques plus généraux, de la hausse des revenus agricoles à la fourniture de matières premières au secteur industriel du continent.

Les petits agriculteurs sont au cœur du secteur agricole africain. Aucune transformation ne pourra se faire sans eux. La révolution agricole du continent devra être soutenue par une approche globale, centrée autour du fermier, lui facilitant l’accès aux intrants, à la formation, aux instruments financiers et aux marchés.

– Comment l’OCP contribue-t-il à la souveraineté alimentaire du continent ?

Le Groupe déploie plusieurs actions et programmes au profit des agriculteurs en contribuant au développement d’écosystèmes agricoles intégrés.

Nous œuvrons pour améliorer la fertilité et la productivité des sols africains à travers une offre de produits adaptés, sécuriser la production d’intrants de qualité près des grands bassins agricoles, renforcer les capacités logistiques existantes et contribuer au développement de nouveaux réseaux de distribution de proximité, au service de l’ensemble de la filière agricole.

A titre d’exemples, quelques programmes lancés par OCP Africa sur le continent :

OCP School Lab est une caravane mobile qui se rend dans des zones reculées pour rencontrer les fermiers là où ils se trouvent. La partie Lab de ce dispositif fournit des analyses de sol qui permettent d’établir un diagnostic de la fertilité des sols en temps réel, puis formule des recommandations, pour l’application d’engrais adaptés répondant aux besoins des sols et des cultures des fermiers.

A cela s’ajoute la partie school qui propose des démonstrations et des sessions de formation interactives pour la sensibilisation aux bonnes pratiques agricoles. Chaque formation est adaptée aux cultures des régions visitées.

Lancé en 2017, Agri-booster, un autre de nos programmes, propose une offre de produits et services holistique. Agri-booster crée des liens renforcés entre les différents acteurs de la chaine de valeur agricole à travers:

– Un accompagnement technique des fermiers par la formation et le partage des bonnes pratiques;

– La mise à disposition d’intrants adaptés et de qualité;

– Une offre de services financiers pour acheter les intrants;

– Un accès au marché pour la vente des récoltes.

Enfin, les Farmer Houses sont un dispositif qui améliorent l’accessibilité des produits, des services et de la connaissance agricole au plus près de l’agriculteur. Ces houses sont des réseaux physiques constitué d’un One Stop Shop dans lequel le fermier peut trouver tout ce dont il a besoin et auquel est adossé un dispositif de formation et de conseil agricole.

Ce dispositif intègre également un réseau de jeunes entrepreneurs, formés et équipés de triporteurs permettant de livrer les intrants aux petits exploitants situés dans des zones reculées et de leur apporter le support en termes de conseil agronomique et de formation.

Voir aussi:

Indices d’attractivité en Afrique: Le Maroc « performant »

Samia BOUFOUS

HCP: Hausse de 0,4% de l’IPC en mars

Sara Ouzian

Le Maroc, précurseur en matière des énergies renouvelables

Maria MOUATADID