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Agriculture et changements climatiques: interview avec M. Redouane Arrache

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Dans le contexte de la participation du Maroc à la conférence mondiale sur le climat (COP26), le directeur de la Stratégie et des statistiques au ministère de l’Agriculture, de la Pêche du Développement Rural et des Eaux et Forêts, Redouane Arrache a accordé un entretien à la MAP dans lequel il revient sur le rôle du Royaume en tant que pays leader au niveau régional en matière d’adaptation du secteur agricole aux changements climatiques.

1. Quel est l’impact du changement climatique sur l’agriculture au Maroc?

Sur le plan environnemental, l’agriculture joue un rôle essentiel dans la protection et l’utilisation durable des ressources en eau et des sols agricoles, la préservation de la biodiversité, ainsi que la limitation des impacts du changement climatique et l’adaptation à ses effets.

L’enjeu climatique a toujours été une contrainte permanente pour le développement du secteur agricole au Maroc. Le climat marocain est marqué par une irrégularité des précipitations dans le temps et dans l’espace ainsi que par une augmentation des températures moyennes annuelles, ce qui engendre des épisodes de sécheresse plus au moins sévères et de plus en plus fréquents.

Les projections climatiques du GIEC relatives aux précipitations et aux températures moyennes montrent qu’entre 2010 et 2050, l’aridité est en passe d’augmenter progressivement au Maroc en raison de la diminution de la pluviométrie de 11% et de l’augmentation de la température de 1,3 °C. Cette augmentation de l’aridité a des répercussions négatives sur l’agriculture notamment en matière de diminution de la disponibilité en eau d’irrigation pouvant atteindre plus de 25% au niveau des réservoirs, de réduction des rendements des cultures non irriguées allant jusqu’à 10% dans certaines régions, de perte de la fertilité des sols suite à l’effet de l’érosion hydrique et éolienne et à la baisse de leur teneur en matière organique et de recul de la production animale suite aux impacts négatifs sur la production végétale et à la baisse des ressources hydriques.

Les changements climatiques constituent donc une menace qui pèse sur les ressources en eau, les sols, la biodiversité et les systèmes alimentaires. Et donc, sur la sécurité alimentaire. En vue d’atténuer les effets des changements climatiques, d’assurer la durabilité de l’agriculture et d’améliorer sa résilience, le Plan Maroc Vert (PMV), en cohérence avec la politique adoptée par le Maroc en termes de changements climatiques, s’est inscrit dans les efforts d’adaptation aux changements climatiques et d’atténuation de ses effets.

2. Comment le secteur agricole marocain contribue-t-il à la lutte contre les changements climatiques ? Quel état des lieux actuel ?

Le secteur agricole est amené à relever le double défi de la sécurité alimentaire et de la lutte contre les changements climatiques. La contribution du secteur se fait à deux niveaux en harmonie avec la politique marocaine des changements climatiques. Faute d’arrêter le changement climatique, l’agriculture doit s’adapter à ces changements et au top des priorités, figure la maîtrise de l’eau agricole.

Pour cela, notre programme phare d’adaptation est le programme d’économie d’eau d’irrigation PNEEI. Ce programme a permis de reconvertir plus de 600.000 ha de l’irrigation gravitaire à l’irrigation localisée. Cette conversion permet de produire plus avec moins d’eau par exemple. C’est une stratégie destinée à faire face à la rareté croissante de l’eau qui est la première conséquence des changements climatiques au Maroc et en même temps assurer la production et par conséquent, la sécurité alimentaire.

Le secteur contribue aussi, par le renforcement de sa résilience. En effet, le Maroc a planté depuis 2008 près de 500 mille ha d’arbres fruitiers dont principalement l’olivier. Cette stratégie a permis de réduire la vulnérabilité des systèmes agricoles à la baisse des précipitations et d’améliorer le revenu des agriculteurs. Elle constitue une composante importante de la lutte contre les effets des changements climatiques et participe à l’effort mondial de séquestration du carbone.

Il s’agit aussi du programme national de développement des Oasis à travers la préservation de la palmeraie traditionnelle par la plantation de près de 1,8 million de palmiers dattiers dans le cadre de l’agriculture solidaire et 1,2 million de palmier dattier dans les zones d’extension du palmier dattier. Les oasis constituent réellement le dernier rempart contre la désertification. Il va falloir, à ce titre, poursuivre les efforts de conservation et de dynamisation des écosystèmes oasiens y compris leur environnement pastoral. Ainsi, dans le cadre de « Génération Green 2020-2030 », nous prévoyons la plantation de 5 millions de palmiers dattiers à l’horizon 2030.

Aussi, à l’occasion de la COP26, le ministère (ANDZOA) organise un « side event » dédié à l’initiative oasis durable lancée en 2016.

Sur un autre registre, le Maroc travaille sur la préservation et le développement de l’arganier. Cet arbre aux caractéristiques particulières est un bon exemple de la capacité des écosystèmes naturels à lutter contre les effets des changements climatiques. Les efforts menés dans le cadre du Plan Maroc Vert ont permis d’augmenter l’intérêt national et international autour de la préservation et le développement de cet écosystème. Le Maroc a réussi, à travers son institut de recherche l’INRA, à produire les plants d’arganier en vue de sa domestication et sa culture à grande échelle dans les zones de production traditionnelle, ce qui constitue une autre contribution à sa régénération et donc à la lutte contre les effets des changements climatiques.

3. Quel est le lien avec les objectifs de développement durable « ODD » ?

L’agriculture et l’alimentation sont au centre de l’agenda 2030 pour le développement durable. Chacun des 17 objectifs de l’Agenda 2030 est lié directement ou indirectement aux systèmes alimentaires et naturellement à l’agriculture. Je donne un exemple, pour mettre fin à la faim qui est l’ODD2, il faut produire des aliments nutritifs et sains à des prix accessibles, d’où le rôle de l’agriculture.

La bonne santé ODD3 commence par une bonne nutrition (agriculture). L’égalité des genres (ODD5), les femmes contribuent énormément à la production alimentaire, mais dans le monde entier elles souffrent d’un accès inéquitable à la ressource, d’où l’importance des politiques agricoles…etc.

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