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Amal El Fallah Seghrouchni, l’experte mondiale en IA

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 Par Jalila AJAJA

Pour le commun des mortels, le monde de l’Intelligence Artificielle (IA) est encore quelque chose de bien mystérieux, mais pour Amal El Fallah Seghrouchni, une experte marocaine reconnue au niveau international, cette discipline n’a plus de secret tellement elle l’a maîtrise sous toutes les coutures et l’enseigne dans les universités les plus réputées du monde. Son avis est même sollicité dans les foras internationaux et auprès des grandes instances.

Cette native de Rabat, qui a fait ses classes notamment au lycée Omar El Khayyam, s’est intéressée à l’IA bien avant qu’elle ne soit dans l’air du temps, s’y consacrant à part entière. Dans ce domaine pointu, elle est considérée comme l’une des rares Marocaines qui y sont présentes et qui ont brillé à l’international faisant la fierté de leur famille et de leur pays d’origine.

Titulaire d’un doctorat en informatique de l’Université Pierre et Marie Curie en 1991 après un passage par l’École des Ponts et Chaussées et une Habilitation à Diriger les Recherches (HDR) en Intelligence Artificielle de Sorbonne Paris Nord en 2000, Amal El Fallah Seghrouchni est Professeure de classe exceptionnelle en Sorbonne Université, à la Faculté des Sciences et d’Ingénierie.

Dernièrement, Amal El Fallah Seghrouchni qui vit à cheval entre la France et le Maroc, a rejoint l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), en tant que directrice du centre international d’Intelligence Artificielle du Maroc. Ai Movement.

Experte en digital et Intelligence Artificielle, elle a développé des collaborations internationales très soutenues et a été professeure invitée dans de nombreuses universités en Amérique, en Asie et en Europe.

En plus de ses recherches à l’international et en collaboration avec des académiques et des industriels, Amal El Fallah Seghrouchni a assumé des responsabilités scientifiques de haut niveau comme Présidente Générale de la première conférence mondiale AAMAS 2020 (Auckland, Nouvelle Zélande).

En tant que membre d’honneur de think tanks, elle participe également et de façon très active aux réflexions et débats de société relatifs aux impacts sociétaux de la digitalisation et de l’IA. Car pour cette experte mondiale, l’Intelligence Artificielle ainsi que toutes les connaissances scientifiques et technologiques doivent être entourées de garde-fous éthiques.

Elle fait même de cette question sa « préoccupation majeure ».  D’ailleurs, cet engagement pour l’éthique lui vaudra d’être choisie par l’Unesco pour rejoindre, pour un mandat de quatre ans -2020-2023-, la prestigieuse Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST), dont le rôle est de favoriser l’émergence, à l’échelle globale, d’un débat transdisciplinaire et pluraliste portant sur les enjeux éthiques des sciences et de la technologie.

L’objectif de la COMEST est de conseiller et d’éclairer non seulement l’Unesco, mais aussi la communauté scientifique, les décideurs et le grand public. « Ces échanges nous permettent d’élaborer des textes essentiels comme la Déclaration de principes éthiques en rapport avec les changements climatiques (2017) ou l’usage des terres (en cours), ou plus récemment une Déclaration sur la COVID-19: considérations éthiques dans une perspective mondiale », explique avec passion l’experte mondiale qui vit sa nomination comme une « reconnaissance ».

« Cette nomination représente une certaine reconnaissance de mon parcours scientifique et académique et aussi de mon intérêt pour les questions éthiques et de mon souhait à traduire les principes éthiques dans le monde réel au niveau des sciences et des technologies », confie-t-elle dans un entretien à la MAP. C’est aussi « une belle opportunité pour contribuer à la réflexion globale autour des questions de l’éthique des technologies émergentes (Intelligence Artificielle, Robotique, Internet des Objets) ».

Les sciences et les technologies n’étant pas neutres, il est important de définir un cadre éthique pour que l’humanité puisse bénéficier du progrès scientifique, préconise Amal El Fallah Seghrouchni qui a eu l’opportunité, depuis sa nomination, de collaborer et de contribuer aux réflexions globales mais aussi à des déclarations spécifiques à cette période particulière de la covid-19.

« Pendant cette crise sanitaire, l’IA aide à la prise de décision, permet de planifier dans l’incertain et de prédire la propagation de l’épidémie en fonction des données du terrain », explique notre experte.

L’IA est utilisée pour créer des applications mobiles pour sensibiliser les populations au danger du virus et sa propagation, pour aider à s’informer, à rester connectées. Elle est aussi utilisée pour créer des services dématérialisés ou les plateformes d’échange pour pallier le confinement et assurer la continuité de service. Grâce à l’IA on peut déployer des drones pour protéger les populations ou pour acheminer des biens; l’IA est également utilisée pour pratiquer des opérations chirurgicales holographiques ou faire des consultations en télémédecine…, énumère Mme El Fallah Seghrouchni. D’immenses champs où peut intervenir cette discipline au service bien entendu de l’Humanité.

Si Amal El Fallah Seghrouchni a fait toute sa carrière académique en France et à l’international, elle n’a pas oublié pour autant son ancrage de femme marocaine et africaine qui est toujours présent et qui la guide dans ses préoccupations sur l’éthique de l’IA.

« Ma sensibilité et mon ancrage de femme marocaine et africaine, complètement intégrée au sein de l’environnement occidental au sein duquel j’évolue, par ailleurs engagée dans les questions de l’éthique, m’ont toujours amenée à me préoccuper sérieusement et de façon responsable des retombées sociétales et des impacts de mes recherches scientifiques », assure-t-elle.

Fervente défenseure de la question de la femme, Amal El Fallah Seghrouchni se fait un honneur de participer aux réflexions et aux débats de société sur les impacts sociétaux de l’IA notamment en matière d’amélioration de l’apprentissage, la formation, l’inclusion des femmes et leur autonomisation. Elle reste également convaincue que « les IA peuvent aider à lutter contre les stéréotypes liés au genre ».

« En IA par exemple, certains biais du genre ont été identifiés et les chercheurs en IA essaient d’apporter des solutions en améliorant la représentativité des femmes dans les données », explique Amal El Fallah Seghrouchni pour qui « l’égalité de genre est une aspiration qui doit rester une préoccupation mondiale ». « Le chemin est long mais nécessaire pour le bien être collectif « , affirme-t-elle.

A propos du phénomène de « plafond de verre », notamment dans le monde académique mais pas que, où l’on remarque la disparition des femmes au fil de la progression vers les hautes sphères du pouvoir, du prestige et des rémunérations, elle regrette que « ce plafond de verre soit bien réel ».

« Les femmes acceptent des situations qui ne les valorisent pas et qui les privent du temps matériel pour s’épanouir. Souvent, quand les hommes construisent leurs carrières, les femmes jonglent avec plusieurs casquettes (mère, épouse, travail, maternité..). L’absence d’équité au foyer dès la petite enfance se retrouve au travail plus tard », déplore cette femme mariée et maman de deux enfants.

« En France comme au Maroc, les préjugés sont présents avec plus ou moins d’intensité selon le niveau d’instruction familial. Des mesures sont nécessaires pour garantir une meilleure représentativité des femmes dans toutes les instances. Les critères de recrutement sont à revoir et des leviers sont à inventer », préconise-t-elle.

« A l’Université française, par exemple, il est exigé des commissions aujourd’hui d’être formées d’au minimum un tiers de femmes – La parité aurait été souhaitable mais elle n’est pas atteignable sans surcharger les collègues femmes. Des panels exclusivement masculins ne devraient plus être tolérés. C’est un moyen pour bootstrapper l’égalité des genres en attendant que les générations futures prennent le relais », affirme l’experte mondiale.

Selon elle, il est « urgent » de veiller à ce que l’éducation, y compris dans la petite enfance, soit égalitaire pour espérer éradiquer ces injustices sociales et les préjugés qui les renforcent !!

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