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Économie verte: 3 questions à Abdeslam Seddiki

Casablanca – Le professeur universitaire et ancien ministre de l’Emploi et des Affaires Sociales, Abdeslam Seddiki, présente dans une interview à la MAP sa vision sur le plan de relance post covid-19 où l’économie verte doit occuper, selon lui, une « place de premier choix ».

1- Quelle place l’économie verte devra-t-elle occuper dans le plan de relance post covid-19?

L’économie verte doit occuper une place de premier choix dans le futur plan de relance pour de multiples raisons à la fois internes et externes. Sur le plan interne, le Maroc a pris des engagements en matière du développement durable en se dotant d’une charte nationale de l’environnement et du développement durable et d’une stratégie nationale pour le développement durable. Aussi, pour la première fois, l’économie verte fait partie de missions dévolues au ministère du commerce et de l’industrie appelé depuis le dernier remaniement « ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’économie verte et numérique ».

Les choses étant précises et les ambitions sont clairement annoncées et je ne pense pas qu’il s’agit juste d’un effet d’annonce pour faire semblant ! Du reste, le Maroc a déjà entamé un certain nombre de projets d’envergure comme celui d’Ouarzazate pour la production des énergies renouvelables et du parc éolien dans différentes régions du Royaume.

Sur le plan international, beaucoup de pays, parmi nos principaux partenaires, souvent sous la pression de leur opinion publique, se préparent à un « green deal » et s’apprêtent à investir des sommes colossales dans la « transition énergétique » et les secteurs d’avenir. Par conséquent, notre pays ne doit pas rater cette opportunité bénéfique à la fois sur le plan économique (création de richesse durable) et sur le plan social (création des emplois verts en quantité suffisante).

A cet égard, on peut déceler toute une panoplie d’activités vertes qui sont autant d’opportunités pour nos entreprises qui veulent bien s’y engager : l’agriculture biologique, le traitement et le recyclage des déchets, le reboisement, la dépollution de notre littoral, le tourisme durable, le réaménagement des logements et des bâtiments publics avec une isolation thermique, le transport… tout en accélérant les investissements publics pour renforcer la couverture de nos besoins énergétiques en en énergies renouvelables et non polluantes. A terme, notre pays doit se doter d’une « technologie verte » dont il pourra profiter ses amis et en premier lieu les pays africains.

2- Comment cela devrait-il se traduire dans la Loi de finances rectificative et éventuellement dans le Plan de relance?

Concrètement, il faut que la loi de finances rectificative donne le tempo. Il ne s’agit pas de chambouler l’ordre existant surtout dans une LFR qui a une vie limitée. Mais deux à trois mesures fortes doivent absolument être retenues pour donner la preuve que l’après ne sera plus comme avant.

Certaines mesures ne demandent pas un effort financier particulier : il faut juste faire appliquer la loi et la réglementation en vigueur, comme l’interdiction de la production et de l’usage du plastique. Autrement dit, il faut lier la relance à l’économie verte pour ne pas reproduire les erreurs du passé et frayer la voie d’un nouveau modèle de développement que tout le monde attend de ses vœux.

On peut à cet effet nous inspirer du plan d’une relance mondiale que vient de proposer l’AIE (Agence Internationale de l’Energie). Cette organisation internationale propose, avec le FMI, de consacrer 0,7% du PIB mondial par an d’ici 2023, au financement d’une relance durable en retenant six secteurs clefs : l’électricité, les transports, l’industrie, les bâtiments, les carburants et les technologies « bas carbone ». Ce qui permettrait de stimuler la croissance mondiale de 1,1 point en moyenne et de créer chaque année environ 9 millions d’emplois, tout en réduisant les émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à l’énergie de 4,5 milliards de tonnes d’ici à 2023. On le voit, le jeu en vaut bien la chandelle !

3- Quelle contrepartie (écologique) les entreprises devraient présenter en échange de l’aide et l’assistance de l’Etat?

Les entreprises doivent s’adapter à ces exigences en optant pour des procédés de travail moins polluants, moins consommateurs d’inputs et de ressources. Je pense qu’il est également temps d’introduire dans la prochaine réforme fiscale, la fiscalité écologique pour appliquer le principe de « pollueur-payeur ».

L’Etat doit être ferme et ne pas céder aux pressions des lobbies avides du profit au détriment de la santé des citoyens. L’économie verte a justement comme finalité de concilier les hommes entre eux et de concilier les hommes avec la nature. Le coronavirus a mis au grand jour ce lien.

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