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Epargne: Trois questions à Saïd Amaghdir

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Casablanca- Saïd Amaghdir, directeur associé chez Finance Value Consulting et président de la Commission financement, investissement et accompagnement des TPE-PME au sein du Club des Dirigeants, décrypte, dans une interview à la MAP, les principaux produits et solutions d’épargne au Maroc ainsi que les tendances de fonds en la matière.

M. Amaghdir, également accrédité par l’Association française des analystes financiers (SFAF) et le General Council for Islamic Banks and Financial Institutions (CIBAFI), propose des pistes et des moyens concrets à même de réussir la mobilisation de l’épargne des ménages au Maroc.

 

1- Pouvez-vous nous dresser un panorama des principaux produits et solutions d’épargne au Maroc? Et, quelle analyse faites-vous de la situation de l’épargne et les tendances de fond en la matière?

Il existe une multitude de solutions d’épargne au Maroc, à savoir les produits bancaires, les produits de compagnies d’assurance et ceux du Marché des capitaux.

Sur le volet bancaire, on distingue le compte sur carnet qui représente aujourd’hui 165 milliards de dirhams (MMDH) et les dépôts à terme (DAT) chiffrés à près de 155 MMDH. Malheureusement, la rémunération de ces deux produits est en tendance baissière. En effet, après déduction de la taxe sur les produits de placement à revenu fixe, le rendement réel (ajusté en fonction de l’inflation) se situe actuellement autour de 0,16% pour le premier et de 0,70% pour le deuxième, ce qui affecte naturellement leur attractivité.

Côté assurance, les compagnies offrent plusieurs types de produits, principalement épargne capitalisation et épargne retraite. Le premier est destiné à des assurés qui souhaitent épargner pour une durée dépassant les 8 ans (exonéré au bout de 8 ans de la taxe sur la plus-value). Toutefois, ce produit ne bénéficie pas d’avantages fiscaux en amont, contrairement à l’assurance épargne retraite qui permet de bénéficier de la déductibilité des cotisations. A la sortie, l’épargnant bénéficie d’un abattement de 40% sur le capital pour les contrats d’une durée supérieure à 8 ans et à partir de 50 ans d’âge.

Toujours au niveau des compagnies d’assurance, il y a également les contrats en unité de compte. Ce sont des contrats d’assurance vie qui, au lieu d’être exprimés en dirhams, sont exprimés en parts de valeurs mobilières (en général en part d’OPCVM). Ce produit offre la déductibilité à l’entrée s’il est destiné à la retraite ainsi que la performance sur le marché financier sans oublier l’abattement de 40% de l’IR à partir de 8 ans de cotisations et un âge de 50 ans. Son encours est actuellement de 1,26 MMDH, soit seulement 0,7% de l’encours global qui est de 170 MMDH.

Un autre produit existe aussi sur le marché marocain, à savoir le plan d’épargne en actions (PEA), connu sous le nom d’épargne salariale en Europe. Sur ce produit, l’encours est entre 30 à 40 millions de dirhams seulement, ce qui est peu. Malheureusement le PEA bénéficie seulement de l’exonération de la plus-value après 5 ans. Il faut absolument accorder une carotte fiscale en amont afin d’inciter et développer ce produit. Les opérateurs réclament un cadre fiscal plus attractif, mais le ministère est réticent. A mon avis, il ne faut pas penser au manque à gagner mais plutôt aux effets d’entraînement, notamment la mobilisation de l’épargne salariale, qui vont compenser les avantages fiscaux octroyés à l’entrée.

Quant au Marché des capitaux, il existe plusieurs produits, notamment les OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières) qui ont notamment pour vocation la collecte de l’épargne auprès des investisseurs pour la placer dans des valeurs mobilières selon des critères bien définis. On distingue plusieurs catégories, à savoir OPCVM actions, OPCVM obligataires, OPCVM monétaires, OPCVM contractuels et OPCVM diversifiés. Les OPCVM constituent ce qu’on appelle la gestion d’actifs et l’encours sous gestion frôle aujourd’hui les 500 MMDH.

Il y a aussi une deuxième génération de fonds, à savoir les OPCI (Organismes de placement collectif immobilier).

 

2- La mobilisation de l’épargne financière au Royaume demeure en deçà des objectifs d’investissement. Quels sont d’après vous les principaux facteurs explicatifs de cette problématique?

Effectivement, l’épargne au Maroc affiche une tendance baissière depuis quelques années et s’est même inscrite en dessous du niveau d’investissement.

Le contexte actuel exige ainsi de grands efforts afin de permettre aux gens, tout d’abord, d’épargner, d’autant plus que les ménages n’arrivent même pas à mettre de côté un capital de réserve, à cause notamment de la cherté de la vie et des répercussions de la crise du nouveau coronavirus. De plus, on constate dernièrement que certaines familles ont dû puiser dans leurs épargnes pour subvenir à leurs besoins, au moment où d’autres ont carrément sorti leurs cash du circuit bancaire (donc plus de la thésaurisation). Ainsi, pour relancer l’épargne, il faut dans un premier temps relancer les différents secteurs d’activité durement impactés par la crise et aussi créer plus d’emploi.

Il est également question de développer la culture financière de l’épargne afin de permettre aux gens de savoir comment gérer au mieux leur argent en fonction de leurs objectifs de vie et du contexte économique et financier. Sur ce point, je propose l’organisation d’un salon annuel de l’épargne, qui sera l’occasion d’évaluer le volume d’épargne annuel, de voir quel type d’épargne les marocains souhaitent avoir et surtout de communiquer autour des différents produits existants sur le marché national. Il y a un travail de fond qui doit être mené sur ce point, surtout par les professionnels. Les régulateurs à l’instar de Bank Al Maghrib, l’AMMC et l’ACAPS sont là pour accompagner ces professionnels.

Dans cette action de sensibilisation et de formation, il ne faut pas, bien sûr, se limiter à l’axe de Casablanca-Rabat ou Tanger et Marrakech. Il faut que tous les Marocains soient imprégnés, informés et sensibilisés sur les enjeux de cette dynamique de la centralisation de l’épargne.

Le faible rendement des produits bancaires peut également expliquer la faiblesse de l’épargne des Marocains. Pour cela il faut innover pour avoir d’autres supports d’épargne et aussi lancer les produits de la finance participative, dont le Takaful et les OPCVM conformes à la Charia.

 

3- Cette question de mobilisation de l’épargne se pose avec encore plus d’acuité aujourd’hui. Plusieurs experts en voient une exigence incontournable pour une sortie de crise rapide et pour relancer l’économie nationale. Comment réussir cette mobilisation? quels peuvent être les moyens concrets et le plan d’action dans ce sens? Faut-il imaginer de nouveaux dispositifs fiscaux?

C’est un sujet que nous avons traité depuis pratiquement 2002, notamment la partie concernant l’épargne salariale. Ainsi, pour réussir cette épargne salariale, il faut octroyer des avantages fiscaux en amont et non pas seulement en aval.

Pour le PEA, qui peine à démarrer au Maroc, l’idéal aurait été d’aligner sa fiscalité sur ce qui est en vigueur pour l’assurance épargne retraite. Si par exemple, on propose aux gens une exonération de 50% de l’IR, ils seront, sans doute, intéressés par ce produit, car cela leur permettra de gagner l’impôt quelque soit les performances du marché financier par la suite. Ce stimulant est très important, mais malheureusement les autorités marocaines optent toujours pour des exonérations en aval.

Il faut également trouver d’autres réseaux de distribution de la micro-assurance (par exemple) pour toucher pratiquement toutes les familles au Maroc, quid à utiliser le réseau des pharmacies. De même, il faut développer une stratégie nationale en la matière avec nomination des responsables et définition des indicateurs clés de performance et de suivi.

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