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Interview avec Tariq Sijilmassi, président du directoire du CAM

Propos recueillis par Hasnaa ELAKKANI

Rabat – Tariq Sijilmassi, président du directoire du Crédit Agricole du Maroc (CAM), a accordé une interview à la MAP, dans laquelle il s’exprime notamment sur les dernières rencontres tenues avec les interprofessions agricoles et les perspectives de la campagne agricole actuelle.

M. Sijilmassi répond aussi à des questions liées au rôle du CAM, le leader du financement en monde rural, dans la mise en œuvre de la stratégie Génération Green 2020-2030, et dans le développement de l’agriculture marocaine en général.

1. Vous avez mené ces derniers mois un cycle de rencontres avec les interprofessions agricoles. Quel est l’objectif de ces rencontres et quel bilan avez-vous fait jusqu’à présent de la situation des différentes filières agricoles ?

Nous avons effectivement tenu depuis le mois de novembre des rencontres d’échange qui s’inscrivent dans un processus global et volontariste initié par le Crédit Agricole du Maroc en collaboration avec la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER) et le ministère de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts (MAPMDREF), afin de soutenir chacune des interprofessions agricoles que compte notre pays et les accompagner dans l’atteinte de leurs objectifs stratégiques tels que définis dans le cadre de « Génération Green 2020-2030 ».

Il s’agit en fait d’une tradition du CAM, d’une manière générale, et de son président en particulier, d’aller à la rencontre des interprofessions depuis un certain nombre d’années. En 2020, à cause de la pandémie, cette tradition n’avait pas été respectée et donc ça nous a créé un manque d’autant plus que le plan Génération Green dévoilé devant SM le Roi, à l’été 2019, avait créé des attentes.

Nous avons donc ressenti le besoin de revenir dans cette tradition. Nous avons ainsi mené un cycle de rencontres avec les 17 interprofessions du secteur, auxquelles avaient pris part les présidents et les membres des fédérations mais aussi les principaux opérateurs de chaque secteur, et donc nous avons eu une vision globale et assez exhaustive des problématiques de chaque interprofession.

Nous avons en plus fait des réunions spécifiques pour discuter avec la COMADER des problématiques qui sont transversales à toutes les interprofessions qui sont l’employabilité des jeunes, l’éclosion d’une classe moyenne en milieu rural, les problèmes d’accès au financement global, l’eau, etc.

Ces réunions, qui ont été riches et enrichissantes en tous points, nous ont permis d’évaluer la situation actuelle de chacune des filières, leurs spécificités, leurs atouts et contraintes ainsi que les leviers à actionner pour leur développement.

Il nous a été donné de constater, avec satisfaction, que l’ensemble des filières ont connu des évolutions notoires suite au Plan Maroc Vert et qu’elles se sont fixées des objectifs ambitieux dans le cadre de la nouvelle stratégie Génération Green 2020-2030.

En tant que banque partenaire des opérateurs agricoles par excellence, nous sommes plus que jamais résolus à accompagner cette nouvelle dynamique porteuse insufflée par Génération Green et répondre aux attentes de nos agriculteurs afin de contribuer à renforcer le rôle primordial que joue le secteur agricole dans l’économie de notre pays.

Ce cycle de rencontres a été sanctionné par la signature de protocoles d’accompagnement lesquels visent à faire du « sur mesure » pour résoudre les problèmes de chaque interprofession une par une. Ces protocoles ont été finalisés et seront officiellement présentés lors d’un Symposium qui se tiendra le 23 mars courant à Rabat en présence du ministre de l’Agriculture. Cet événement va se pencher d’une manière transversale sur le financement de l’agriculture marocaine dans le cadre de Génération Green.

Il se déroulera en trois temps : un premier réservé à une vision stratégique globale en présence des principaux acteurs du secteur (ministère, Comader, MAMDA, MCMA, Conservation foncière, chambres d’agriculture…). Un deuxième qui sera consacré aux problèmes transversaux qui concerne tout le monde rural et un troisième qui se penchera sur les opportunités et les filières, avec la présentation de certaines filières notamment à travers des regroupements logiques (filières solidaires, produits de niches, filières stars…). Dans ce cadre, on va essayer de mettre en avant les potentialités de toutes ces familles de filières.

2. Comment le Crédit agricole envisage-t-il de répondre aux attentes et besoins de financement de ces interprofessions ?

Le soutien permanent de notre Institution à l’ensemble des filières agricoles au niveau de toutes les régions du Royaume n’est plus à démontrer et sera renforcé au vu des défis prometteurs que le secteur est amené à relever dans les années à venir.

Le processus que nous avons initié depuis novembre dernier nous a permis d’affiner nos perceptions par rapport à chaque filière et de construire une approche plus adaptée pour mieux accompagner les opérateurs des filières au cas par cas. Ceci passera par un appui spécifique à tous les opérateurs des chaînes de valeur à travers des financements inclusifs et adaptés permettant d’améliorer leur rentabilité et leur compétitivité, d’accélérer la réalisation de leurs investissements de modernisation et d’assurer, in fine, la pérennité des filières.

Nous œuvrons également pour favoriser la digitalisation du secteur car elle représente désormais un levier de taille pour la fluidification des échanges et le développement des filières agricoles. A cet égard, les efforts du CAM pour la digitalisation de l’écosystème agricole marocain et les chaînes de valeur y afférentes ont été fortement salués par l’ensemble des interprofessions.

Afin de décliner tout cela, nous avons défini et mis en œuvre un cadre institutionnel impliquant l’ensemble des parties prenantes: Ministère-Interprofessions-CAM- COMADER nous permettant de déployer des mesures de soutien spécifiques et un dispositif d’accompagnement des opérateurs au cas par cas.

Nous apporterons également des réponses spécifiques à des problématiques transverses à l’ensemble des filières notamment les sujets relatifs à l’entrepreneuriat des jeunes en milieu rural. Ce sujet revêt une importance capitale, tant pour nous que pour les acteurs des filières, et il est nécessaire aujourd’hui de conjuguer nos efforts pour appréhender la question de l’employabilité des jeunes dans le rural en leur garantissant deux éléments:

– Encadrement, mentoring et orientation vers des projets porteurs et c’est là le rôle que doivent jouer les interprofessions agricoles ;

– Facilitation de l’accès au financement, ce que nous proposons, grâce à notre savoir-faire et notre compréhension des enjeux ruraux et des besoins de cette population, via nos offres produits dédiées et nos solutions digitales innovantes.

Grâce à cela, nous serons à même d’encourager le développement de la classe moyenne rurale, conformément aux orientations de SM le Roi Mohamed VI que Dieu l’assiste, et ce à travers la promotion de l’activité agricole, la création de nouvelles activités génératrices d’emploi et de revenus pour les jeunes, etc.

Je suis un fervent croyant que l’agriculture marocaine est un levier de développement formidable pour le pays et un stabilisateur social, économique et sociétal.

3. Quel rôle le CAM est-il appelé à jouer dans le cadre de la nouvelle stratégie Génération Green ?

Son rôle naturel, historique et légitime, pleinement reconnu et assumé! Celui de leader incontesté du financement du secteur agricole et du milieu rural.

Nous avons une responsabilité citoyenne particulièrement forte et ferme envers notre cible naturelle, qui est le monde agricole et le milieu rural en général, et nous comptons l’exercer à travers un engagement ferme d’accompagner la dynamique engendrée par Génération Green 2020-2030.

Nous nous sommes fortement mobilisés dans le cadre du Plan Maroc Vert (PMV) pour lequel nos réalisations ont largement dépassé nos engagements initiaux qui ont été doublés. Nous avons été le pourvoyeur de fonds principal du PMV et nous serons, de la même manière, le premier partenaire financier de la nouvelle stratégie Génération Green.

Ainsi, nous déployons un dispositif spécifique pour accompagner les deux axes de la stratégie Génération Green.

Pour le volet relatif à la pérennité du développement agricole, nous sommes totalement mobilisés auprès des opérateurs et des filières et les accompagnerons par tous les moyens nécessaires pour la réalisation de leurs objectifs.

Pour le volet « priorité à l’élément humain », nous avons développé des offres spécifiques dédiées à la valorisation des terres collectives agricoles et à la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes en milieu rural, conjointement par le MAPMDREF. II s’agit de deux packs avantageux alliant financement bancaire et incitations étatiques:

– « CAM-Génération Green Jeunes » visant le développement de l’entreprenariat des jeunes en milieu rural

– « CAM-Génération Green Melkisation” pour les ayants-droit bénéficiant des terres dans le cadre de l’opération de Melkisation des terres collectives.

4. Dernièrement, le CAM a doublé l’enveloppe consacrée au secteur au titre de la campagne agricole 2020-2021, est-ce que cela émane de votre optimisme quant aux perspectives de la campagne actuelle ?

Je suis optimiste par nature. Les agriculteurs ont besoin de notre optimisme et notre permanent dynamisme et de notre permanente volonté de faire mieux pour les soutenir. Donc « l’échec n’est pas une option ».

Cette année, je suis très optimiste. La pluviométrie est au rendez-vous et il y a une bonne dynamique grâce au plan Génération Green. On va récolter les fruits du travail de plusieurs années. En outre, les prix au niveau international ne sont pas mauvais, etc.

…malgré la crise ?

La crise a peu touché l’agriculture. Au contraire, ce secteur a été une partie de la solution. Plusieurs secteurs ont été touchés mais pas l’agriculture sauf certains sous-secteurs qui ont souffert comme celui des viandes blanches à cause de l’annulation des événements.

D’un autre côté, personne ne peut nier le rôle que le monde rural a joué pour assurer la sécurité alimentaire en temps de Covid.

Par ailleurs, nous constatons une demande extraordinaire pour l’acquisition de petites fermettes qu’on peut qualifier de “retour à la terre”. Il y a une tendance chez un certain nombre de personnes à retourner en milieu rural en s’achetant une maison ou une fermette.

Le CAM, qui est un trait d’union entre la ville et le monde rural, envisage à ce titre de sortir très prochainement des packages spécifiques. En tenant compte de la réalité sociologique du Maroc selon laquelle l’habitant de la ville est en général à une génération de la ruralité, nous voulons formaliser ce trait d’union entre la ruralité et la ville dans des packs spécifiques du CAM.

Nous allons faire de l’acquisition des fermes et des fermettes en milieu rural un produit exactement comme celui du crédit habitat. Le client pourrait acheter une ferme comme s’il achète un appartement en ville. On répond ainsi à un besoin qui est né de la crise.

Nous allons sortir le produit « acquisition de ferme », soit le même produit « acquisition d’appartement » et nous nous attendons à un raz de marée. Ça va créer une génération de « gentleman farmer » mais pourquoi pas !

5. Le CAM est un acteur majeur du financement dans le monde rural au Maroc, un créneau à haut risque, comment avez- vous réussi à faire du crédit agricole une activité rentable pour la banque et en même temps favorable au développement de l’agriculture ?

L’agriculture n’est pas un secteur à haut risque. Il s’agit plutôt d’un secteur qui comporte des gisements de très grandes potentialités et des gisements de très grands risques.

Les premiers se trouvent dans certaines filières agricoles ou dans certaines catégories d’agriculteurs qui exercent un métier extrêmement rentable et qui se financent beaucoup au Crédit Agricole et avec lesquels nous n’avons aucun problème et nous faisons une grande partie de notre activité. Avec les années, nous avons appris à bien repérer ces secteurs à fort potentiel et à forte valeur ajoutée.

La partie qui est à haut risque c’est plutôt le petit fellah vis-à-vis duquel nous avons une responsabilité sociale et une mission de service public. Pour ce petit fellah, nous avons développé toute une panoplie de produits qui vont du microcrédit, Tamwil el Felleh…

Nous sommes aussi des spécialistes du financement des coopératives agricoles. Nous avons créé une filiale qui est Tamwil el fellah qui fait du financement aux coopératives qui ne sont pas adossées à des terres mais adossées plutôt à des programmes du ministère par exemple.

Tamwil el Fellah gère un risque qu’aucune autre banque de la place ne peut gérer en finançant des coopératives qui ne sont pas propriétaires des terres et on n’a pas de grande casse ! Du moment qu’on veille à ce que le fellah produise la bonne production, au bon endroit avec des techniques de commercialisation adéquates et dans l’intégrité et l’honnêteté, on sait gérer ce risque.

On a l’impression que le Fellah est risqué, mais dans la réalité même s’il y a des difficultés, la terre ne disparaît pas. Donc s’il a des difficultés, elles sont généralement liées aux mauvaises conditions climatiques surtout ou aux mauvaises conditions de commercialisation. La terre ne va pas brûler ou faire faillite, elle reste vivante !

Au Crédit Agricole, nous avons développé un savoir-faire spécifique dans ce domaine mais fondamentalement parce que la terre ne disparaît pas car elle est toujours là.

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