• Accueil
  • À LA UNE
  • L’économie sociale et solidaire, pilier de relance post-crise
À LA UNE

L’économie sociale et solidaire, pilier de relance post-crise

MDJS CHALLENGE VIRTUEL 728 X 90
Sbah Nor
CAMPAGNE ADD

Casablanca – Au-delà de sa vocation de lutter contre la pauvreté et l’exclusion des populations vulnérables, l’économie sociale et solidaire (ESS) doit être pensée, aujourd’hui plus que jamais, comme un pilier de relance de l’économie nationale et une alternative garantissant une croissance durable et une résilience face aux crises.

La crise sanitaire actuelle, qui a mis en évidence les vulnérabilités de nos sociétés ainsi que de nos économies, a engendré de fortes incertitudes tant au niveau de l’économie que de l’emploi. Au Maroc, 581.000 postes d’emploi ont été perdus entre le troisième trimestre 2019 et la même période en 2020, selon les derniers chiffres du Haut Commissariat au Plan. Une tendance qui n’épargne apparemment aucun secteur d’activité exacerbant ainsi les inégalités et les fragilités.

L’ESS, un concept qui désigne les entreprises et les organisations (coopératives, GIE, associations, mutuelles ou fondations) qui produisent des biens, des services et des connaissances tout en poursuivant des objectifs à la fois économiques et sociaux et en favorisant la solidarité, devra donc jouer un rôle de premier plan dans la relance de l’économie nationale et dans la lutte contre les répercussions néfastes de la crise engendrée par le coronavirus (Covid-19).

« Cette crise renforce l’idée qu’il est question d’inventer un nouveau modèle économique solidaire, une nouvelle série d’innovations de sorte qu’elles peuvent ainsi contribuer à des transformations sociales qui pourraient favoriser la transition vers un développement durable inclusif », a relevé Saloua Tajri, directrice de la Promotion de l’Économie Sociale au ministère du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Économie sociale (MTATES), dans une interview accordée à la MAP.

Et de soutenir que l’ESS présente des atouts incontournables en tant que mode d’entreprenariat inclusif des jeunes et des femmes surtout en milieu rural, vecteur des valeurs de solidarité et de cohésion sociale, levier de développement durable territorial et un vivier important d’innovations sociales et d’intelligence collective, notant que son développement permet de contribuer à organiser le secteur informel, à créer de nouveaux emplois et à lutter efficacement contre la pauvreté.

L’ESS face à la crise du Covid-19

En dépit de l’histoire longue de l’ESS au Maroc, cette économie demeure fragile devant les chocs, estime Abdellah Souhir, président du Réseau marocain de l’économie sociale et solidaire (REMESS).

« Malheureusement, au moment où cette économie a commencé à prendre de l’élan grâce aux stratégies étatiques et à la dynamique des acteurs, la pandémie du Covid-19 a négativement impacté toutes les composantes de l’ESS, plus particulièrement les coopératives et les associations et un peu moins les mutuelles puisque la majorité sont publiques », a-t-il déploré dans un entretien accordé à la MAP.

Dans la même veine, Mme Tajri a indiqué que la pandémie a provoqué un repli de l’offre et de la demande des biens et services dans des secteurs clés de l’économie, notamment le tourisme, l’artisanat et l’agriculture. En conséquence, les entités de l’ESS majoritairement opérant dans ces secteurs soit directement ou indirectement, se retrouvent affectées de plein fouet, avec un arrêt subit de leurs activités pendant la période de confinement, a-t-elle fait savoir.

Face à cette situation, a précisé M. Souhir, les associations ont essayé tout de même de s’activer dans les efforts de lutte contre la pandémie, tandis que les coopératives se sont trouvées sclérosées économiquement ce qui a induit de fortes difficultés de continuité et par voie de conséquence une perte de pouvoir d’achat des coopérateurs et coopératrices engendrant une forte vulnérabilité pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs familles.

En dépit de cet « état chaotique », a-t-il poursuivi, plusieurs organismes ont pris des initiatives pour soutenir les coopératives, notamment les militants de l’ESS, afin d’atténuer les effets de la crise, à travers notamment la mise en place de plateformes électroniques pour renforcer les capacités de commercialisation, l’encouragement des coopératives à avoir des identités visuelles et logos et enfin une forte campagne d’encouragement de « consommer local et national pour encourager le made in Morocco ».

Le département de tutelle a, de son côté, mis en place une cellule de veille pour rester à l’écoute des composantes de l’ESS en plus d’autres actions menées à travers l’Office de développement de la coopération.

Une « forte » institutionnalisation s’impose !

Afin de pérenniser et renforcer les différentes structures de l’ESS leur permettant de jouer pleinement leur rôle dans le développement économique et social du pays, M. Souhir plaide pour une « forte » institutionnalisation de l’ESS et l’instauration d’une bonne gouvernance à commencer par l’adoption de la loi cadre de l’ESS.

Déposé en juin 2016 au Secrétariat général du gouvernement, le projet de loi cadre de l’ESS, qui peine toujours à sortir du fait de la multiplicité des parties prenantes et des départements et secteurs concernés, devrait délimiter le périmètre de l’ESS et permettre d’améliorer la visibilité de l’ESS en lien avec les stratégies nationales de développement.

Afin de contrecarrer les effets de la crise et renforcer l’apport de l’ESS, le ministère a prévu un plan de relance inclusif axé, entre autres, sur le soutien à la production et à la commercialisation en faveur des entités de l’ESS, la digitalisation et la mobilisation de toutes les parties prenantes de l’écosystème d’entreprenariat et l’appui aux acteurs de l’ESS pour placer la dimension ESS au cœur de leurs plans de relance.

Il s’agit également de l’activation de l’adoption de la loi cadre de l’ESS qui vise à reconnaître et à accroître la visibilité de l’ESS et à donner les moyens et les outils de son développement et de son changement d’échelle pour qu’elle prenne une part significative dans l’économie, a précisé Mme Tajri.

L’économie sociale et solidaire, dont les principes fondateurs font partie des traditions séculaires de la société marocaine (action collective et solidaire), pourrait ainsi constituer un pilier de la relance de l’économie nationale post-crise, à travers des solutions concrètes et innovantes qu’elle peut apporter en termes de cohésion sociale et de croissance.

Voir aussi:

Mutandis augmente son CA de 6% au T1-2020

Youness AKRIM

Les dossiers chauds de la rentrée économique

Khalid ABOUCHOUKRI

Agriculture 2.0 : Drones qui prennent leur envol !

Karima EL OTMANI