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Relance économique: Un chercheur propose des Bons Corona

Propos recueillis par Abdellatif El Jaafari.

Casablanca – Le chercheur Brahim Dinar, professeur à l’Université Hassan Ier de Settat (UH1), a préconisé l’émission de « Bons Corona » de 5 et 10 ans pour financer la relance de l’économie marocaine, qui a subi des pertes considérables à cause de la crise induite par la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19).

« Le Maroc n’a pas le choix et est appelé à s’endetter en interne et en externe dans la mesure du possible, mais cela suppose que cet endettement finance l’innovation, la recherche scientifique et la promotion du système éducatif », a relevé le chercheur dans un entretien accordé à la MAP.

Il a insisté sur le recours au marché domestique pour lever des fonds, à travers « l’émission de Bons Corona de 5 et 10 ans, souscrits par les agents financiers et non financiers et exonérés d’impôts ».

Qualifiant de « judicieuse » la décision du redémarrage de l’économie, M. Dinar, directeur du laboratoire de recherche en économie, gestion et management des affaires à l’UH1, a souligné que la monnaie, l’impôt et la dette publique constituent « trois modalités essentielles » pour la reprise.

« Afin de relancer l’offre et la demande par la monnaie, nous proposons des taux d’intérêt bonifiés aux profits des secteurs jugés prioritaires. La banque centrale peut tourner la planche à billet pour promouvoir la demande des ménages, mais cela sans aller jusqu’à la surchauffe », a-t-il fait remarquer.

Pour ce qui est du rôle de l’impôt, l’universitaire a relevé qu’une réforme fiscale devrait porter sur la baisse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) afin de stimuler la demande et réduire les inégalités.

Et de poursuivre: « les produits de luxe importés de l’étranger devraient être taxés lourdement durant cette période transitoire et ce, pour améliorer la balance commerciale et orienter la consommation vers des produits marocains » .

M. Dinar a également indiqué que la période d’après coronavirus « ne sera pas aisée pour les Marocains au regard de la lourde facture covidienne », tels le chômage, la faillites des entreprises, la perte de parts de marché à l’export à cause des perturbation des chaînes de valeur, les coûts liés à la restructuration des TPE et PME…

Dès lors, a-t-il fait valoir, la reprise de l’économie marocaine « risquerait de prendre beaucoup de temps ». Un constat qui sera perceptible dans le processus de mise à niveau des TPE et PME, la régulation du secteur informel et la demande internationale, qui reste tributaire de la conjoncture chez les partenaires du Maroc.

Néanmoins, le redémarrage présente plusieurs avantages pour les entreprises marocaines, a estimé M. Dinar, insistant sur la nécessité de respecter les mesures sanitaires pour réussir cette étape et éviter tout risque associé à la relance. D’ailleurs, un guide de consigne pour limiter la propagation de ce virus a été mis à la disposition des entreprises.

Par secteur, l’universitaire a recommandé une relance immédiate du commerce de détail, de la construction, du textile, de l’automobile, de l’industrie pharmaceutique, de l’agro-alimentaire et du papier, indiquant que la deuxième étape du déconfinement devrait toucher le reste des secteurs pour booster l’activité, en sens que des branches de l’informel (réparation, biens intermédiaires, etc) sont « d’une importance vitale pour l’économie ».

« Les gains de ce redémarrage seraient importants. L’entreprise va apprendre que les chocs, les crises, les difficultés et les défis à relever aiguisent les facultés créatrices des firmes », a-t-il signalé.

Les employeurs sont, désormais, conscients de l’importance d’investir dans les talents, le capital immatériel, la recherche et l’innovation, a fait savoir M. Dinar, estimant que « l’entreprise marocaine de demain devrait intégrer dans son approche stratégique la dimension sociale et sociétale ».

Le redémarrage, a-t-il renchéri, va permettre aux grandes entreprises marocaines « de mettre en place un système de résilience de leur chaîne de valeur et de gérer les perturbations sur le long terme, à l’image des catastrophes naturelles, des changements climatiques et des tensions géopolitiques.

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