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Paiement dématérialisé : 3 questions à Yassine Regragui

Propos recueillis par Safaa Bennour

Casablanca – Les paiements dématérialisés ont largement prouvé leurs avantages dans bon nombre de pays du globe. Au Maroc, le déploiement optimal de ces moyens de paiement innovants aura un rôle prépondérant dans l’accélération de l’inclusion financière.

Dans une interview accordée à la MAP, Yassine Regragui, expert fintech et Chine fait un tour d’horizon de ces technologies financières, y compris le paiement mobile, tout en faisant le point sur les enjeux inhérents à leur implémentation.

1- Que pensez-vous des principales tendances de paiement électronique en vogue au Maroc ?

Il y a une tendance de fonds liée à la montée en puissance des plateformes Marketplace, en plus des services de livraison qui incitent les gens à payer sur internet et utiliser des moyens de paiement en ligne.

Certes, le confinement a accéléré ces tendances. Mais au Maroc, lorsque l’on parle de e-commerce, ceci ne concerne pas uniquement le paiement en ligne parce que les Marocains préfèrent aussi payer à la livraison par cash. C’est d’ailleurs la tendance la plus importante dans le domaine du e-commerce.

Mais la bonne nouvelle c’est que le paiement en ligne augmente aussi. Ce qui montre que les Marocains font de plus en plus confiance à ces nouveaux modes de paiement.

En outre, il y de plus en plus de grandes chaînes de distribution qui pensent à intégrer le e-commerce dans leurs activités. C’est une occasion de promouvoir le paiement électronique mais aussi le paiement mobile à travers l’augmentation du nombre des m-wallets.

2- Justement, par rapport au paiement mobile, pourriez-vous rappeler le fonctionnement de ce mode paiement ?

Le mobile paiement est un moyen de paiement qui, en utilisant un objet connecté que ce soit un téléphone portable ou un smartphone ou une tablette … permet d’effectuer un paiement. Aujourd’hui grâce au paiement mobile, on peut effectuer des achats en ligne sur les sites de e-commerce mais aussi payer des factures, des billets d’avions, des repas au restaurant, des transferts à des amis …

On parle même de Super Apps ou d’applications qui agrègent plusieurs autres applications financières et de divertissement. Une tendance qui se développe de plus en plus en Asie et qui arrive en Afrique.

On distingue différents types de paiement mobile, par exemple le paiement sans contact ou encore le paiement avec QR-code.

En parlant de la Chine c’est le pays le plus développé en termes de paiement mobile puisque 80% des personnes qui possèdent un smartphone utilisent leurs téléphones pour payer et c’est plus d’un milliard de personnes qui utilisent deux applications principales à savoir Ali Pay développée par Alibaba et WeChat Pay développée par Tencent.

3- Au Maroc, le paiement mobile avance sûrement mais doucement. Des freins persistent néanmoins quand à l’expansion de ce mode de paiement, qu’en pensez-vous ?

Le Maroc est très bien positionné pour promouvoir le paiement mobile. Depuis son lancement au Maroc il y a presque toutes les banques de la place qui offrent une solution de paiement mobile.

Je vois principalement deux freins, le premier est culturel lié à la confiance des Marocains au système de paiement, en témoigne la hausse spectaculaire qu’a enregistrée la circulation fiduciaire au terme de 2020 (+ 20%). Cette hausse s’est même accélérée pendant le confinement. On voit encore une fois la volonté des Marocains de retirer du cash au détriment de l’utilisation des moyens de paiement dématérialisés.

Par contre, la bonne nouvelle, les paiements par internet ont augmenté de 25% en 2020, ce qui montre néanmoins qu’une partie de la population commence à s’y intéresser de plus en plus et qui fait confiance au paiement électronique.

Le 2ème frein est lié à l’acceptabilité des commerçants de ces moyens de paiement, malgré le déploiement des infrastructures nécessaires permettant d’accepter un maximum de paiement dématérialisé et malgré l’ambition des autorités de pousser une grande partie des marchands à accepter ces nouveaux dispositifs.

On compte près de 1,5 million de mobile wallet qui sont déployés auprès des marchands, ce qui est énorme. Il faut juste surmonter ce frein de confiance à travers des efforts d’acculturation et d’accompagnement.

Il est temps de briser la glace et permettre à un maximum de Marocains de switcher sur leurs téléphones pour payer et pourquoi pas le développement d’une SuperApp.

On voit que plusieurs pays africains comme le Kenya ou le Rwanda etc… qui sont déjà sur le mobile. Dans ces pays là, il y a M-Pesa qui est très bien développé. Il s’agit de transferts par SMS comme Alipay et Wechat Pay.

L’avantage d’avoir ces plateformes c’est surtout de ne pas véhiculer le virus. Le paiement dématérialisé par mobile pourrait ainsi contribuer à résoudre ce problème.

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