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Post-coronavirus: 04 questions à Soraya Kettani, présidente de Fomagov

Rabat- La présidente de la Fondation marocaine de la bonne gouvernance (Fomagov) et analyste en politique internationale et en communication politique et publique, Soraya Kettani, présente, dans une interview accordée à la MAP, sa vision sur la relance de l’économie nationale après la pandémie du coronavirus et les secteurs prioritaires à cibler.

1. Tout d’abord, quelles sont les pistes à même de relancer l’économie ?

Relancer, c’est déconfiner, pour renouveler le mouvement d’une économie intégrée. Vastes responsabilités, sur un plan individuel, et ça se prépare. Mais permettez-moi en premier lieu de souligner une distanciation à établir ente reprise et relance. Il s’agit de deux postulats différents, qui se soumettent à des données différentes, mais qui partagent néanmoins un même facteur : le temps.

Dans la reprise, il s’agira de transformer la crise sanitaire en normalité sociale, pour commencer à rentrer dans une normalité économique, en domestiquant la peur diabolisée par un virus létal. C’est une urgence.

En revanche, la relance est du ressort de la prospective (les opportunités, les alliances, les marchés, etc), dont le caractère est systémique et qui requiert que les cibles soient au moins au même point de progression que nous.

Ensuite, la relance ne peut s’exercer qu’en vases communicantes, qu’elle soit nationale, régionale, ou mondiale. Le fait de considérer que le commerce international a fragilisé le monde est une sous-formulation de la réalité, car les Etats ont en tiré de larges avantages, notamment le Maroc.

Nier le multilatéralisme aujourd’hui revient à fragiliser le principe de confiance sur lequel tous les échanges doivent continuer à se baser. L’ouverture a entre autres permis la croissance pour de nombreux pays.

Ce qui doit être mis en cause, c’est le choix des politiques d’ouverture qui ont été excessives et les outils de protection inadaptés. C’est l’appât du pouvoir, la concurrence despotique et l’absence totale d’une gouvernance de globalisation qui ont conduit à une hyper mondialisation sauvage. Comment ne pas voir par exemple dans la valeur relative du coût du travail dans les économies émergentes un appel à un écrasement des salaires de plus en plus appuyé, au nom d’une certaine compétitivité ?

Il faut voir dans ce dérèglement l’arrivée à la fin d’un cycle, venu à terme, qui a correspondu à un temps et à une conjoncture internationale, et qui appelle à redéfinir les termes d’un nouveau cycle.

2. Concrètement, comment doit-on s’y prendre ?

Nous sommes en train de reprendre les choses dans les mêmes termes, alors qu’il est formellement question aujourd’hui de changer sa grammaire de langage, sa syntaxe de pensée, car elles structurent le mode d’action, pour ne pas céder aux formulations courtes et incomplètes.

Si « les opportunités » sont une réalité mécanique, ce serait une erreur déontologique de revenir les formuler en de tels propos.

Qui nous assure qu’on ne risque pas des dérives même dans des approches régionales et de proximité, ou qu’on n’occultera pas le principe de solidarité ? Quelle est la vertu de la réduction des dépendances et jusqu’à quelles limites ? Quelle est la valeur économique basée dans son calcul sur la valeur éthique et dans la définition de la valeur productive ?

Il doit y avoir désormais une entente tacite, collective, imperméable, pour que les plus forts rendent les plus faibles moins fragiles.

D’opportunité il faut passer à coopération. Quelle théorie économique traduit cela ? Ne pas changer de termes d’approche revient à ne pas changer de méthode.

En revanche, l’idée importante à retenir est de constater la résilience, l’agilité, l’adaptabilité, et la créativité dont ont fait preuve le Maroc et les Marocains, et c’est cela qui constitue la véritable opportunité.

3. L’économie marocaine a été lourdement impactée par cette crise inédite. Quels sont, selon vous, les secteurs prioritaires à cibler après la pandémie?

A l’heure qu’il est, tous les secteurs deviennent prioritaires puisqu’ils font vivre des millions de familles et soutiennent la force de l’Etat. Certains secteurs, comme l’industrie, ont déjà démontré de nouvelles façons de fonctionner. Il sera question de généraliser tout en adaptant au cas par cas, notamment pour les secteurs hédonistes par exemple.

Pour faire œuvre de pragmatisme, le secteur de la santé doit être prioritaire. La première force de l’Etat doit aller dans le renforcement des capacités et des possibilités de prévention sanitaires, dans les plus brefs délais. Une alliance combinée, réunissant le public et le privé, pourrait propulser cet effort vers plus loin.
Si la maîtrise de l’économie doit passer par celle de la santé, il s’agira par exemple d’associer, l’industrie pharmaceutique, les laboratoires, les universités, la recherche scientifique, les fonds publics et privés, pour optimiser au maximum les outils de protection et de soins, à même de permettre aux gens et aux acteurs de vivre, tout en prenant des risques d’exposition.

En considérant que l’industrie est créatrice de valeur, il ne faut pas oublier la conjoncture derrière laquelle elle apporte des promesses.

Le secteur des services au Maroc qui est très dynamique, est en revanche structurellement plus fragile et exposé à des résiliences de plus courtes durées. Il peut être question aujourd’hui d’innover en fusionnant des branches d’industries et le secteur des services, dans cette même logique de réduction des dépendances promue par le grand nombre.

L’idée est de redéployer des industries inter- sectorielles, et de les appuyer sur le service pour multiplier les possibilités. Globalement, il s’agira de trouver de nouvelles niches industrielles, en s’appuyant sur la recherche et l’innovation qu’il est nécessaire de réinvestir.

Concurremment, et c’est un facteur de progrès essentiel, il faut entériner la structuration de l’approche « data » que nous avons expérimentée. Un accès à l’information fiable et disponible de toutes les sphères sociales et sectorielles, notamment celles de l’informel, ne doit plus faire objet d’atermoiements.

Il y a aussi lieu de connaître tous les marqueurs dans leur réalité et de façon ad hoc, pour améliorer les politiques publiques et leur orientation, car il ne faut pas oublier que cette pandémie accentuera aussi encore plus irrasciblement les mouvements migratoires.

4. Quel rôle peut jouer les secteurs public et privé, chacun de son côté, pour relancer l’économie ?

Dans la collaboration, l’un à côté de l’autre, et non chacun de son côté, dans la concertation la plus proche et la plus collaborative entre public et privé. Stratégiquement, la coopération public-privé est plus que jamais interpellée.

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