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Private Equity: Interview avec Tarik Haddi, président de l’AMIC

Casablanca – Le président de l’Association marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC), Tarik Haddi, a accordé une interview exclusive à la MAP, où il détaille sa feuille de route et ses priorités pour les deux prochaines années et décrypte la place du capital investissement dans la relance post-coronavirus.

1. Quelle est votre feuille de route et vos priorités pour les deux prochaines années ?

Pour les deux prochaines années, l’AMIC souhaite participer activement à l’effort de toutes les forces vives de la nation visant à relancer l’économie marocaine suite à la crise de la covid-19, d’autant plus que le capital investissement est aujourd’hui unanimement considéré comme un levier incontournable pour toute stratégie de relance efficace.

En effet, pour remettre nos entreprises sur les chemins de la croissance et de la rentabilité, il faudra des financements en fonds propres combinés à une vision stratégique pertinente, une gouvernance améliorée et un monitoring par des professionnels aguerris. C’est ce qu’on appelle le « private equity ».

Le développement de cette activité passe par une amélioration sensible de son « doing business ». Dans tous les pays qui ont connu une expansion du capital investissement, l’État a joué un rôle catalyseur, notamment à travers un cadre réglementaire et fiscal incitatif. L’AMIC a fait dans ce sens des propositions responsables et innovantes.

Concernant le cadre règlementaire de l’activité, nous avons notamment proposé des pistes d’amélioration, en s’inspirant du cadre OPCI, qui permet de distinguer (i) les structures à capital ouvert grand public (qui peuvent être assimilées à des structures à capital variable) et (ii) les structures à capital fixe formées entre investisseurs qualifiés correspondant plus à la pratique marocaine du capital investissement.

De même, nous avons fait des recommandations pour améliorer le dispositif légal et règlementaire des instruments clés pour l’investissement des fonds dans les entreprises, à savoir les obligations convertibles, les bons de souscription d’action et la société anonyme simplifiée.

Nous avons également sollicité l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) pour des guides pratiques à l’attention des contrôleurs internes, des dépositaires et des auditeurs externes des véhicules régulés. Nous souhaitons aussi voir se développer les marchés alternatifs pour pouvoir coter tant les fonds réglementés sous forme d’OPCC, que les PME et notamment celles qui sont innovantes.

Sur le plan fiscal, l’urgence porte sur les mesures incitatives à l’investissement dans les fonds exerçants au Maroc, notamment le crédit d’impôt pour les investisseurs dans ces fonds et l’équité fiscale par rapport à la TVA sur les frais de gestion. Sans ces mesures fiscales, c’est la compétitivité de la place Maroc qui est condamnée.

Enfin, notre proposition phare concerne la création de fonds spéciaux pour renforcer les Fonds d’investissement marocains afin de leur permettre d’accompagner massivement la relance des entreprises marocaines.

Outre le financement en fonds propres de la relance des entreprises marocaines, cette initiative doit aussi permettre de favoriser l’émergence de champions nationaux dans l’industrie du capital investissement, capables demain d’atteindre une taille suffisante pour se développer sur le continent africain.

Nous avons d’ores et déjà engagé des discussions approfondies avec l’AMMC et la Direction du Trésor qui, conscientes du rôle que peut jouer le capital investissement dans la relance économique, nous ont assuré de leur soutien pour faire aboutir nos propositions.

Nous projetons également de rencontrer individuellement les principaux institutionnels marocains ainsi que les Institutions Financières de Développement (DFIs) présentes au Maroc, pour compléter et améliorer nos propositions.

L’objectif est d’organiser, en décembre 2020, un colloque sous couvert de l’AMMC et de la Direction du Trésor, en présence des principaux décideurs : institutionnels, ACAPS, Bourse, etc, pour finaliser en commun les mesures visant à l’amélioration de l’environnement du capital investissement au Maroc. Nous espérons voir la mise en œuvre des premières mesures permettant d’attirer les investisseurs, dès le début 2021.

Par ailleurs, s’inscrivant dans la formidable solidarité nationale née suite à la pandémie, et dans le cadre de son action citoyenne, l’Association va améliorer AMIC SUPPORT PME pour continuer à conseiller les entreprises en phase de relance. L’objectif de cette hotline est de répondre, sur les plans juridique et fiscal, aux questions des entreprises qui souhaitent s’inscrire dans les programmes étatiques de relance. Il ne s’agit bien entendu pas pour les fonds d’investissement gérés par des membres de l’AMIC de prendre des participations à travers cette hotline.

Nous réfléchissons également à comment améliorer et élargir la communication en direction des PME et nous prendrons attache avec la Fédération des Secteurs Bancaire et Financier (FSBF) et la CGEM pour associer banques et patronat, avec pour objectif de toucher le plus d’entreprises possibles.

Enfin, l’AMIC constate avec satisfaction l’avancement de la loi organisant le crowdfunding, une des recommandations phares de la Commission Amorçage de l’Association.

2. Quel état des lieux faites-vous du Capital investissement au Maroc?

Aujourd’hui il y a 28 sociétés de gestions membres de l’AMIC pour 50 fonds sous gestion. Malgré le professionnalisme et la rigueur de la majorité écrasante des équipes de gestion opérant au Maroc, en près de 20 ans, les sociétés de gestion marocaines n’ont pu lever que quelques 20 milliards de dirhams (MMDH) et accompagner à peine 220 entreprises.

A titre de comparaison, les encours de crédits bancaires aux entreprises totalisent 800 MMDH, alors que les crédits inter-entreprises avoisinent 400 MMDH. Mais encore une fois, dans tous les pays où le capital investissement joue un rôle majeur dans le financement des entreprises, l’État a promu un environnement incitatif pour orienter l’épargne vers cette classe d’actifs.

L’intervention de l’État en faveur du capital investissement dans le monde se justifie par les impacts énormes du capital investissement sur les Économies dans leur ensemble à travers:

– L’augmentation des contributions fiscales (IS, IR, TVA) des sociétés investies;

– La création et la pérennisation des emplois, tout en contribuant à rééquilibrer l’approche genre;

– Le relèvement des standards de gouvernance des entreprises, avec plus de transparence dans la gestion et plus de performance;

– Un soutien de tous types d’entreprises, que ce soit des grandes entreprises, des ETI, mais surtout les PME et les TPE;

– Le renforcement de l’entrepreneuriat au féminin;

– L’appui de l’émergence des start-ups et des futurs champions régionaux dans les filières de la nouvelle économie.

Ainsi au Maroc nous avons pu enregistrer des taux de croissance annuelle moyens bien plus importants dans les entreprises accompagnées par des acteurs du capital investissement que celles qui ne le sont pas, au niveau: De l’impôt sur les sociétés (+27%), de l’impôt sur le revenu (+ 28%), de la TVA (+20%), des autres impôts et taxes (+32%), des effectifs (+22%), de la part des femmes (+3%), du chiffre d’affaires (21%), de l’export (34%) et de la valeur ajoutée (28%).

Par ailleurs, toutes les entreprises accompagnées par des acteurs du capital investissement ont enregistré une nette amélioration de leur dispositif de responsabilité social et environnementale (RSE).

3. Quelle place du capital investissement dans la relance Post-Covid? et quels sont ses atouts par rapport aux autres formes de financement?

Comme vous le savez, pour s’engager sur le chemin de la relance nos entreprises devront gagner en compétitivité, attaquer de nouveaux marchés en croissance, se positionner sur les nouvelles chaines de valeurs qui vont voir le jour suite à la recomposition de la carte mondiale des échanges ou s’engager dans de nouvelles filières industrielles innovantes.

Face à ces défis, les mesures prises en faveur du financement bancaire seules ne suffiront pas pour soutenir efficacement nos entreprises. L’endettement peut même être dangereux pour la pérennité des entreprises qui ne seront pas sur des marchés en forte croissance après la crise.

Pour réussir ces défis, il faut un financement qui allie accompagnement stratégique, apport en fonds propres, bonne gouvernance et monitoring pointu. Pour financer les croissances organiques ou externes, l’expansion vers de nouveaux marchés ou la transformation des modèles d’entreprise pour plus de compétitivité ou vers les activités de la nouvelle économie ou même le positionnement sur les nouvelles chaînes de valeurs, le capital investissement est sans conteste l’instrument de financement le plus efficient.

La meilleure illustration en est que les entreprises investies par des fonds ont mieux tenu que les autres durant la crise. Nous avons d’ailleurs lancé au sein de l’AMIC une étude relative aux impacts du covid-19 sur les sociétés de gestion et leurs portefeuilles de participations. Les résultats de cette recherche sont attendus avant la fin de l’été.

4. Selon les chiffres disponibles à ce jour et contrairement à la tendance au niveau international, l’activité est actuellement portée à 80% par des investisseurs étrangers et seulement 20% des investisseurs nationaux ? Comment expliquez-vous ces chiffres? et quelles sont vos recommandations pour développer l’activité au Maroc et la promouvoir auprès des investisseurs marocains?

A fin 2019, 58% des fonds levés provenaient de capitaux étrangers contre 47% à fin 2010. Mais effectivement pour la dernière génération de fonds, 84% des levées proviennent d’investisseurs étrangers, dont 62% du total proviennent des Institutions Financières de Développement (DFIs). Je pense que l’implication des DFIs s’explique par leurs objectifs d’impacts sociaux et économiques globaux, telles que nous les avons détaillés ci-dessus lorsque je vous ai présenté les impacts du capital investissement au Maroc.

Concernant les investisseurs nationaux, leur frilosité s’explique à mon sens par leur évaluation négative des perspectives de performance de cette classe d’actifs. En effet, comme tous investisseurs professionnels, leurs critères d’investissement sont la sécurité, la rentabilité et la liquidité.

Et c’est précisément pour cette raison que nous avons fait des propositions pour améliorer le cadre juridique et règlementaire de l’activité et renforcer la sécurité des investisseurs, des propositions fiscales pour améliorer la rentabilité des investissements dans les fonds de private equity en s’inspirant des meilleures pratiques internationales et des recommandations pour développer les marchés alternatifs qui donneront plus de liquidité aux fonds d’investissement.

Nous envisageons aussi de rencontrer individuellement les principaux institutionnels marocains, ainsi que les DFIs présents au Maroc, pour compléter et améliorer nos propositions.

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