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Régimes de retraite : L’équilibre à l’épreuve

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Par Salma El Badaoui.

Casablanca – Face aux nouveaux défis démographiques et économiques, le Maroc, qui vient de lancer le gigantesque chantier de généralisation de la protection sociale, avance à grand pas pour réussir le pari de la pérennité de son système de retraite.

Un projet d’envergure qui nécessite le déploiement des efforts de tous afin d’atteindre l’ambitieux objectif d’élargir la base des adhérents aux régimes de retraite pour inclure environ 5 millions de personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension à horizon 2025.

D’ores et déjà, plusieurs réformes paramétriques ont été introduites. L’ensemble des leviers d’équilibrage ont été activés, à travers notamment la hausse des cotisations, le relèvement de l’âge de départ en retraite et la baisse du niveau des pensions.

Certes, ces réformes ont limité l’accélération des dépenses de retraite et ont réduit relativement la dette implicite des régimes, mais est-ce pour autant suffisant pour maintenir durablement l’équilibre de ces régimes ? Dans quelle mesure les nouveaux paramètres satisfont à la contrainte de solvabilité des régimes et quelle convergence existe entre les paramètres de fonctionnement des différents régimes ?

Approché par la MAP, Hicham Abouyoub, expert en banque, assurance et finance participative, a relevé que « le système de retraite au Maroc se caractérise d’une part, par sa couverture limitée à une population relativement réduite et d’autre part, par sa diversification institutionnelle, ayant été mis en place progressivement et sur une longue période ».

A en croire les chiffres de l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS) sur le secteur de la prévoyance sociale au titre de l’année 2019, les actifs cotisants des différents régimes de retraite de base ont atteint environ 4,4 millions de personnes tandis que le rapport démographique moyen des régimes de retraite de base est passé de 6,3 actifs cotisants pour un retraité en 2014 à 5,4 en 2019.

Évoquant les évolutions financières, l’expert a souligné que les régimes de retraite de base ont collecté au titre de l’année 2019 un montant de 53,4 milliards de dirhams (MMDH) de cotisations et contributions et celles des régimes complémentaires se sont élevées à 8,5 MMDH.

Sur les cinq dernières années, les cotisations et contributions collectées ont enregistré une augmentation moins importante que celle des prestations servies (8,3% contre 9,6%). Ces dernières se sont élevées en 2019 à 61,2 MMDH, dont 56,2 MMDH au titre des régimes de base, a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, M. Abouyoub a qualifié de « très importants » les rendements moyens que procurent les régimes de retraite de base, et qui sont induits par la sous-tarification des droits accordés à leurs affiliés, particulièrement pour la branche retraite de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et le régime général du Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR), dont le rapport prestations sur cotisations actualisées s’établit respectivement à 230% et 207%.

« Ces facteurs, combinés à la faiblesse du taux de couverture retraite, pèsent lourdement sur la pérennité de la majorité des régimes qui se trouve menacée sur le court et le moyen terme », a-t-il déploré, estimant que « les évolutions futures de leurs soldes techniques et globaux ainsi que de leurs réserves montrent la fragilité de leurs équilibres financiers ».

« Dans l’immédiat, le défi majeur pour le système de retraite marocain est fondamentalement celui de l’extension de la couverture pour l’ensemble de la population active. C’est dans ce contexte que devrait être placée la réforme structurelle des régimes existants, dont le rythme mériterait d’être accéléré », a expliqué M. Abouyoub.

Il a en outre rappelé que pour le chantier de généralisation de la protection sociale aux indépendants, deux projets de lois amendant les lois n°15.98 et n°99.15 relatives à l’assurance maladie obligatoire (AMO) et la retraite des indépendants ont été adoptés au conseil du gouvernement du 22 avril dernier. En vertu de ce nouveau texte, le système de retraite des indépendants devient facultatif pendant une période transitoire.

La retraite est une composante majeure de la société et de l’économie d’un pays. Pour les individus, c’est une étape majeure de leur vie qui nécessite une préparation tout au long de la vie active. Pour les entreprises, c’est une charge financière, mais aussi un moyen de renouveler ses effectifs et rajeunir sa pyramide des âges.

Il serait donc judicieux de lancer des débats fructueux impliquant toutes les parties prenantes pour la mise en œuvre d’une réforme structurelle en profondeur assurant l’avenir financier du système de retraite.

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