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3 questions à la présidente de Women’s Tribune

Casablanca – La présidente de l’Association Women’s Tribune et Co-présidente de la Fédération Resofem pour la promotion du statut économique des femmes au Maroc, Fathia Bennis, aborde, dans un entretien accordé à la MAP, l’investissement féminin au Maroc et les différents dispositifs de financement mis à la portée des femmes entrepreneurs.

1 – Comment stimuler l’investissement féminin au Maroc ?

Je voudrais commencer par rappeler que l’autonomisation des femmes est non seulement une priorité pour l’émergence économique de notre pays mais un levier important pour développer son capital humain.

Dans ce sens, le dernier rapport sur les coûts économiques des inégalités de genre dans le marché du travail au Maroc publié récemment, indique que notre pays, en appliquant des mesures liées à la réduction des inégalités de genre dans le marché du travail conduirait à une hausse du PIB par habitant d’au moins 5%.

Pour faire en sorte que des millions de Marocaines puissent participer activement au développement de leur pays, nous nous devons de mettre fin aux tabous sociaux et culturels qui continuent à attribuer aux deux sexes des rôles distincts de production et de reproduction qui peuvent limiter l’accès des femmes au marché et restreindre leur carrière professionnelle.

En effet, dans nombre de régions rurales, ce sont les femmes qui cultivent les champs, font la cuisine, ramassent le bois, sont de corvée d’eau, s’occupent des enfants et des personnes âgées ; leur rendant ainsi difficile tout exercice d’une activité rémunérée, accès à l’éducation et à la formation et influe de facto sur le choix de leurs activités productives.

Bien que cela soit en train de changer, les conditions de travail des hommes et des femmes restent largement déterminées par les normes sociales. Certaines tâches sont considérées comme proprement masculines ou féminines et une sélection, à mi-mot, qui élimine de facto certaines candidates.

Aujourd’hui les femmes marocaines ne veulent plus de cette segmentation qui les confine dans les emplois à faible productivité et à bas salaire. Elles aspirent à une répartition plus égalitaire des droits et devoirs que ce soit à la maison ou en entreprise.

L’éducation à l’esprit d’entreprise au niveau des cursus de formation sera le facteur clé de l’autonomisation des femmes. Nous devons envisager de familiariser les étudiants avec le concept de l’idéation, de la culture des start-ups, de l’introduction des finances pour les PME, au moins au niveau des formations de base.

Nous devons enseigner l’idée de comprendre les modèles et les stratégies d’entreprise par le biais de la pensée critique. Nous devons enseigner à nos jeunes filles l’art de la négociation et promouvoir les compétences sociales afin que les étudiantes puissent communiquer plus efficacement. Nous devrions leur apprendre à évaluer les profits et les pertes, à calculer le retour sur investissement, à comprendre le bénéfice brut et le bénéfice net, et à faire la différence entre l’actif, les capitaux propres et le passif etc…

Notre société doit apprendre à encourager et à faire confiance à ses filles et femmes, c’est l’émergence économique de notre pays qui ne pourra se faire que si nous mobilisons tous les leviers de croissance.

 

2 – Quels sont les différents dispositifs de financement mis à la portée des femmes entrepreneurs au Maroc ?

Les dernières années ont connu un développement soutenu des dispositifs de la finance entrepreneuriale qui restent néanmoins méconnus du grand public. Nous pouvons citer notamment plusieurs exemples à cet effet.

Comme le financement participatif ou le Crowdfunding qui peut être particulièrement adapté pour l’entrepreneuriat féminin. En effet, le Crowdfunding repose sur la collecte de fonds et le conseil d’un public large recueilli en ligne par l’intermédiaire d’une plate-forme web.

Nous pouvons citer aussi, les mécanismes de garanties de crédits créés exclusivement pour les femmes comme celui proposé par la CCG au travers de la garantie «Ilayki » ; Ou encore le programme « intilaka » composé d’un produit de garantie et d’un autre de co-financement dont bénéficient plusieurs femmes entrepreneurs.

Ce qui manque à l’entreprenariat ce sont des financements adaptés à chaque phase du processus de création d’entreprise, au travers notamment d’un accompagnement en termes d’idéation, de gestion de projet et d’une dotation de 3 à 4 mois de salaires pour permettre à la femme entrepreneur de finaliser son projet.

Cette infrastructure de développement de l’entreprenariat est nécessaire, et elle doit être adaptée aux différents secteurs et c’est là où les chambres de commerce et les associations professionnelles doivent jouer un rôle important dans ce sens.

 

3 – L’accès au crédit par des femmes marocaines est limité. Pourquoi ? Et comment faire face à cette problématique ?

Pour celles qui décident de sortir des stéréotypes, le chemin n’est pas non plus facile. Malheureusement, la conception et la distribution de nos services bancaires pèsent beaucoup sur leur accessibilité, en particulier pour les femmes.

Les bailleurs de fonds exigent le plus souvent des formes traditionnelles de garantie notamment le nantissement de bien immobilier (terrain, logement…), que les femmes ne possèdent pas en général compte tenu des raisons précitées.

D’autre part, le niveau de complexité des formalités de demande de crédits et des dossiers et justificatifs à fournir ont pour effet d’exclure les femmes avec des niveaux d’instruction faible particulièrement en milieu rural.

Il est indéniable qu’un secteur bancaire dynamique est indispensable à une croissance à long terme et à la réduction de la pauvreté. Le secteur financier se doit d’accompagner cette dynamique en proposant des produits adaptés aux besoins des femmes. Les banquiers vous le diront les femmes sont de bonnes clientes en termes de remboursement.

Les femmes souhaitent aussi des mesures incitatives notamment fiscales pour encourager l’investissement au féminin notamment en termes d’abattement pour encourager les femmes actives.

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