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Marouane Jebbar, un Marocain apôtre du drone

-(Par Otmane ELMIBRAK)-.

Abidjan – En foulant le sol ivoirien pour la première fois il y a 7 ans, rien, absolument rien, ne prédestinait Marouane Jebbar à pareil succès dans la technologie des drones. Aujourd’hui, le jeune Marocain est le porte-flambeau de cette filière en terre d’Eburnie mais bien au-delà. Portrait.

En 2012, alors qu’il débarque à Abidjan pour rendre visite à sa sœur cadette, cet ingénieur de télécoms est happé par le charme de la Côte d’Ivoire et décide donc d’y jeter l’ancre, après un parcours professionnel en dents de scie au Maroc.

Après s’être tâté le pouls un bon moment, ce natif de Fès conçoit en 2014 « www.city.ci » qui se voulait la première plateforme de promotion des établissements et sites touristiques en Côte d’Ivoire. Fatidiquement, après le crash du drone qu’il utilisait pour la prise d’images, le Marocain de 35 ans, initié à la robotique, le répare lui-même. Sans s’en rendre compte, Marouane Jebbar était déjà aux balbutiements d’une reconversion inopinée.

Il partage alors le processus de réparation sur Facebook. Extra petita, cette débrouille au pied-levé lui a valu la réputation de spécialiste de ces petits aéronefs dans la métropole économique ivoirienne. Les demandes fusaient alors de partout.

« Plusieurs personnes m’ont contacté pour réparer leurs drones. Face au tas de requêtes reçues, j’ai tout bonnement décidé de me spécialiser dans ce domaine », confie-t-il à la MAP, le verbe fier et nostalgique.

Dans la foulée, il se fend d’une page Facebook où il vulgarise, vidéos et schémas à l’appui, les méthodes de montage et de réparation des drones. Les démos s’enchaînent et le registre des clients s’élargit parallèlement.

Déclic. Une société ivoirienne capte l’écho du prodige marocain et lui propose un contrat de fourniture de drones et de prestations connexes. Une offre saisie à la volée par Marouane Jebbar qui lance alors sa propre affaire. « Côte d’Ivoire Drone » éclot donc en octobre 2017 avec seulement 2 jeunes Ivoiriens pour seconder son fondateur.

Très vite, les lauriers sont moissonnés. Pour son premier exercice annuel, la société chiffre quelque 120 millions de francs CFA (environ 200.000 euros), un pactole inespéré au vu de sa taille d’alors.

A l’heure qu’il est, l’entreprise a pris en envol. Coiffant quatre entités techniques et employant une vingtaine d’Ivoiriens, elle est l’une des rares boîtes du marché ivoirien à maîtriser la chaîne industrielle du drone, de bout en bout. Elle opère et excelle dans les secteurs des mines, de l’agriculture, des BTP et de l’industrie, entre autres.

Atout de taille. Elle a développé et commercialise son propre logiciel, le premier en Côte d’Ivoire, de traitement et d’analyse des données glanées par drone.

Outre ses prouesses techniques, Marouane Jebbar milite sur un autre front. D’après ce lauréat de la Faculté des sciences de Luminy (Marseille), la perception de l’usage du drone se confine dans la prise d’images aériennes des événements et cérémonies. Dissiper ce cliché pour le moins « trop simpliste », le Marocain y tient mordicus.

Un drone, argue-t-il, permet de faire de l’agriculture de précision, calculer le rendement d’une plantation, détecter des maladies, lutter contre la déforestation et les catastrophes naturelles. Il permet en outre de prévenir les embouteillages.

Comme le travail finit toujours par payer. La persévérance de Marouane Jebbar et de ses collaborateurs a été reconnue au-delà d’Abidjan. « Côte d’Ivoire Drone » a été, en effet, classée 2ème meilleure start-up africaine par Airbus, parmi 314 candidatures de 20 pays africains.

Les 10 meilleures startups africaines distinguées par Airbus ont, par ailleurs, décidé de créer « African Aerospace and Remote Data Alliance », une association qui s’active pour défendre les droits des utilisateurs de drones et envisager une législation africaine en la matière. Marouane Jebbar a d’ailleurs été élu vice-président de l’association.

Mais pas seulement. A la faveur d’un partenariat entre Airbus et la coopération allemande GIZ, le Marocain, également président de l’Association des utilisateurs professionnels de drones de Côte d’Ivoire, met les bouchées doubles pour la création de « Africa Drone Valley », la première Académie de formation à la technologie de drone civil en Côte d’Ivoire et en Afrique.

Marié à une Ivoirienne, signe de plus d’une intégration immaculée en Côte d’Ivoire, Marouane Jebbar peut aujourd’hui s’enorgueillir d’avoir monté, de fil en aiguille, un projet innovant qui a acquis ses lettres de noblesse. Mais, pour lui, l’aventure n’est qu’à ses prémices, l’industrie des drones en Afrique n’étant pas encore sortie de l’auberge.

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