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Odense, une ville à la pointe de la robotique

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.-Par Houcine MAIMOUNI-.

Copenhague- S’il est peut-être vrai que « la somme est plus grande que ses parties », cet axiome prend un relief particulier dans une ville comme Odense, devenue en si peu de temps un centre de start-ups robotiques au Danemark et au-delà, qui transforme certains concepts imaginatifs en produits commerciaux.

Située à deux heures de route au sud de Copenhague, Odense, troisième ville du Danemark (200 mille habitants), est aujourd’hui l’une des destinations les plus prisées des entreprises robotiques, avec pas moins de 129 compagnies employant près de 4000 personnes.

Au départ, rien ne prédestinait cette bourgade de l’île de Fionie bâtie, selon la légende, en 988, par un conquérant venu d’Orient nommé « Odin (dieu) », qui voulait en faire la capitale de son futur empire en Scandinavie.

Entre les limbes brumeux de sa genèse et celle d’une prétendante au titre de « prochaine Silicon Valley », Odense a vu, il y a deux semaines, le centre de données Facebook qu’elle abrite, agrandir sa superficie de plus de 30 000 mètres carrés ; un ajout qui porte le coût de développement du site à plus de 10 milliards de couronnes, entraînant 900 emplois dans la construction.

Une consécration de plus pour cette ville qui, il y a un quart de siècle, a su faire une transition en douceur vers des lendemains autrement plus prometteurs : le cluster robotique.

Le cluster Odense a vu le jour il y a 25 ans lorsque le géant armateur danois Maersk envisageait de construire un chantier naval avancé pour le soudage robotisé où des robots d’auto-programmation devaient jouer un grand rôle.

L’armateur a approché, à l’aide de dons conséquents, l’Université du Danemark du Sud (SDU), et une pépinière de startups a vu le jour.

Ce qui a fait le succès de ce cluster robotique sont trois ingrédients : la proximité de la recherche universitaire et des talents, le soutien du gouvernement à l’entrepreneuriat et la concentration sur les utilisateurs finaux de l’industrie.

Dans un récent rapport, Odense Robotics a révélé que le volume des exportations et le nombre d’employés ont augmenté d’environ 50%.

Le cluster compte actuellement 129 entreprises membres et plus de 10 institutions de recherche et d’enseignement, contre 85 en 2015.

En termes de performance économique, Odense a réalisé un chiffre d’affaires de 763 millions d’euros en 2017, et s’attend à une nouvelle augmentation de 20% d’ici 2021.

Avec 64 startups fondées depuis 2010, le Hub de démarrage Odense Robotics a aidé à lancer 15 entreprises. Au total, 70 entreprises, soit 54% de celles de la région d’Odense, comptent moins de 10 employés.

Le total des investissements dans le cluster danois de la robotique est passé de 322 millions d’euros en 2015 à 750 millions l’année dernière, 42% provenant d’investisseurs plutôt que de financements publics ou de prêts.

En outre, 71 entreprises locales étaient des producteurs de robotique, contre 58 en 2017, alors que le cluster a affiché 509 millions d’euros d’exportations en 2017, au moment où 66% de ses membres prévoient de se mettre à l’export.

Le rapport d’Odense Robotics note qu’un tiers de ses sociétés membres travaillent avec des robots collaboratifs et mobiles, ce qui représente sa concentration sur les clients de la fabrication et de la chaîne d’approvisionnement ; deux domaines de croissance particulièrement rapide dans l’écosystème robotique au sens large.

Soucieux de se maintenir sur une trajectoire haussière, Odense Robotics s’attend à ce que le nombre des emplois atteigne 4 900 d’ici l’année prochaine.

Inter/ De la robotique à la cobotique

Même si le nombre d’employés augmente dans les grandes entreprises de robotique (comptant 50 employés ou plus) ou à l’étranger, les entreprises du sud du Danemark doivent ratisser large pour répondre à leurs besoins en personnel.

Plus d’un tiers, soit 39%, ont affirmé qu’elles prévoyaient d’embaucher à l’extérieur du Danemark, et 78% ont assuré que trouver des recrues qualifiées était le plus grand obstacle à la croissance.

Ceci est d’autant plus vrai que 55% des employés ont entre 40 et 60 ans, tandis que 18% seulement ont moins de 30 ans, ce qui révèle un problème plus important pour les développeurs et les fournisseurs de robotique.

Même avec les programmes STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) et l’attention portée à l’éducation, la demande d’ingénieurs en matériel et en logiciel dans le monde dépasse le bassin disponible.

L’Université du Danemark du Sud (SDU) a augmenté les admissions pour ses programmes de licence en génie et en sciences et de maîtrise en sciences de 930 en 2015 à 1 235 l’année dernière. L’université a également lancé un baccalauréat en ingénierie des systèmes robotiques, accueillant 150 étudiants depuis 2017.

Un autre développement positif que d’autres grappes de robotique peuvent apprendre d’Odense est que 41% des travailleurs des entreprises de robotique sont allés dans des écoles professionnelles plutôt que dans des universités.

Autre particularité du hub d’Odense, 78% des membres du cluster collaborent entre eux et 38% collaborent avec plus de 10 entreprises. Le cluster robotique continue de mener des recherches sur la robotique, l’intelligence artificielle et les systèmes pour les soins de santé et l’industrie de l’énergie.

Il a récemment ajouté des drones aériens, de la robotique douce et de la réalité virtuelle à son portefeuille.

Le partage étant un trait culturel du Danemark, plusieurs personnes clés de la scène robotique d’aujourd’hui ont été formées pendant la période de gestation d’Odense Robotics, comme c’est le cas de Claus Risager qui était ingénieur de projet au chantier naval et dirige maintenant le Danish Technological Institute (DTI) avec une division de robotique à Odense, ou encore d’Enrico Iversen, Thomas Visti et Esben Østergaard, responsables d’Universal Robots (UR), tous diplômés de la SDU.

Résultat : Selon l’enquête annuelle 2019 de l’Association professionnelle d’Odense Robotics, 8 500 personnes travaillent aujourd’hui pour des entreprises danoises, dont 3 900 à Odense ou à proximité. Si l’industrie suit les prévisions de croissance, la robotique danoise fournirait 25 000 emplois d’ici 2025.

Dans la foulée, les revenus totaux des entreprises robotiques danoises ont augmenté de 18% en 2018, atteignant 995 millions de dollars avec des exportations en hausse de 26%, des chiffres particulièrement significatifs puisque 15 ans auparavant, le Danemark n’avait aucune industrie robotique à proprement parler.

L’année dernière, l’Institut Maersk Mc-Kinney Moller de la SDU a investi 13,4 millions d’euros dans un laboratoire de l’Industrie 4.0 et une équipe SDU a gagné dans la catégorie robot industriel au World Robot Summit Challenge au Japon.

Des exemples tels qu’Universal Robots et MiR, ainsi que la position centrale du Danemark en Europe du Nord, encouragent les entreprises à rechercher des partenaires. Près de 98% d’entre eux prévoient d’en faire une priorité stratégique au cours des trois prochaines années.

Petit détail : Odense est la ville natale du célèbre romancier, dramaturge et conteur danois Hans Christian Andersen (1805/1875). Longtemps ignoré ou tourné en dérision dans son pays, où l’on a raillé son égocentrisme, il n’est reconnu tout d’abord qu’à l’étranger.

Et si un peu à l’image d’Andersen, la ville d’ »Odin » sera-t-elle en train de réécrire un nouveau chapitre de contes de fées, autrement saisissants, faits cette fois-ci de robotique ?

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