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Bourse de Casablanca: Un début d’année mouvementé

Par Zin El Abidine TAIMOURI

L’année 2023 s’annonce mouvementée pour la Bourse de Casablanca. Inflation, hausse des taux, résultats 2022, sortie du Maroc de la liste grise du Groupe d’Action Financière Internationale (GAFI)… Autant d’éléments, positifs mais aussi négatifs, ont rythmé la tendance du marché boursier en ce début d’année.

Sur les cinq premières séances de 2023, l’indice principal de la Bourse de Casablanca a chuté de 9,35% à 9.718 pts, soit un niveau jamais atteint depuis mai 2020. Rien que sur les séances du 4 et 5 janvier, le MASI a perdu 7,04% de sa valeur, sur fond de hausse brutale des taux d’intérêt sur le marché secondaire des bons du Trésor (BDT).

“En début d’année, les investisseurs qui étaient déjà pessimistes, ont sur-réagi à la hausse agressive des taux d’intérêt sur le marché secondaire des BDT avec un niveau symbolique de près de 4% pour le 5 ans”, explique le directeur exécutif de FLMarkets, Farid Mezouar, dans une déclaration à la MAP.

Et de rappeler, en particulier, les premières séances d’adjudication de 2023, où le Trésor avait levé 800 millions de dirhams sur la maturité de 52 semaines à un taux d’intérêt de 3,5%, ce qui a constitué une envolée de 134 pbs par rapport au niveau précédent.

Le marché boursier s’est engagé, par la suite, dans un trend haussier, effaçant, début février, l’intégralité de ses pertes annuelles. D’après l’expert, les investisseurs se sont remis progressivement aux fondamentaux, notamment grâce à l’intervention de Bank Al-Maghrib sur le marché secondaire des BDT, à la stabilisation des taux d’intérêts et au ton moins offensif du Wali de BAM lors de ses dernières sorties médiatiques, faisant référence au Symposium du Conseil du développement et de la solidarité (CDS) à Rabat.

Par ailleurs, les ratios de valorisation sont revenus à des niveaux très attractifs ce qui a déclenché un réflexe acheteur auprès de certains investisseurs.

A cela s’ajoute la sortie de la liste grise du GAFI (le MASI s’est envolé de 1,70% le 24 février), ainsi que la forte levée opérée par le Trésor sur les marchés internationaux qui devrait en principe, selon les experts, calmer les pressions sur les taux d’intérêt.

Toutefois, en dépit de cette salve d’événements accommodants, le MASI récidive dans le rouge, début mars, sur fond de prise de bénéfices. Pour les analystes de la société de gestion, Marogest, “la Bourse de Casablanca est entrée dans une nouvelle phase d’attentisme à quelques jours avant la tenue du conseil trimestriel de la Banque Centrale”.

Ce conseil, prévu mardi prochain, devrait, notent les analystes, statuer sur l’évolution de la politique monétaire et donner plus de détails sur la trajectoire prévisionnelle de l’inflation au Maroc.

Quid des perspectives 2023 ?

En plus de dépendre des résultats annuels des entreprises, les perspectives du marché boursier marocain restent corrélées à un certain nombre de facteurs, dont l’inflation, ou encore la poursuite du resserrement des politiques monétaires.

“A Flm, nous gardons notre opinion positive au sujet du marché actions car la croissance économique devrait se maintenir à un niveau positif malgré certaines pressions externes”, rassure M. Mezouar.

“Ce mois de mars pourrait être un moment fort avec la hausse potentielle des résultats annuels au titre de l’exercice 2022”, a-t-il estimé, rappelant la hausse de 15,8% des bénéfices du premier semestre 2022.

De même, ajoute-il, les actions demeurent la protection la plus efficace pour l’épargne contre l’inflation surtout que l’obligataire risque d’être plus perturbé avant l’atteinte de niveaux stables des taux alors que les organismes de placement collectif immobilier (OPCI) ont perdu certains avantages fiscaux.

Sociétés cotées: des revenus 2022 en forte progression

Dans l’attente de la publication des résultats financiers complets au titre de l’année 2022, les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca semblent tirer leur épingle du jeu, au moins en termes de revenus.

Selon les calculs de BMCE Capital Global Research, les revenus globaux des sociétés cotées à la Bourse de Casablanca se sont chiffrés à 282,2 milliards de dirhams (MMDH) en 2022, en progression de 13,9% par rapport à 2021.

Cette performance est due à une croissance à deux chiffres de l’activité des industries (+18,2% à 187,6 MMDH), combinée à une bonne orientation du produit net bancaire des financières (+5,9% à 72,7 MMDH), ainsi qu’à la progression des primes émises brutes du secteur Assurances & Courtage (+8,3% à 22 MMDH). Ces revenus affichent une hausse de 19% comparativement à l’année 2019.

Sur le seul dernier trimestre de l’année écoulée, les revenus globaux des sociétés cotées se sont établis à 73 MMDH, en hausse de 12,4% comparativement au T4-2021.

Les valeurs cotées ont, par ailleurs, mobilisé une enveloppe d’investissement globale de 16,2 milliards de dirhams (MMDH) à fin 2022, en hausse de 11,9% par rapport à fin 2021. La dette nette des valeurs cotées (hors financières) s’est alourdie, quant à elle, de 8,6% à 57,2 MMDH à fin 2022.

Où investir en 2023 ?

Dans sa récente note “Perspectives du marché actions face à des enjeux systémiques”, CDG Capital Insight estime que le secteur bancaire reste bien positionné afin de bénéficier d’un cycle de resserrement monétaire et devrait donc profiter d’une amélioration des marges d’intermédiation, compte tenu des récentes hausses du taux directeur.

Placé au centre des tensions inflationnistes tant globales que locales, le secteur agroalimentaire devrait voir sa marge s’améliorer légèrement à la faveur, notamment, de la légère baisse prévue en 2023 des coûts des intrants et du coût de transport, rapporte l’analyse dans son panorama prospectif.

Par ailleurs, les tendances structurelles dues à la transition énergétique constituent une toile de fond favorable pour le secteur minier qui devrait permettre à ses sociétés de réaliser des résultats satisfaisants, avec toutefois un risque de récession qui pèse de façon conjoncturelle sur la demande.

Voué à une croissance atone en 2023, le secteur de l’immobilier devrait continuer de ressentir les effets de l’augmentation des prix et faire face à des vents contraires au rebond enregistré en 2021, avec une détérioration plus importante du rapport offre/demande.

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