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Bourse: faut-il rétablir les seuils de variation initiaux ?

Casablanca – Avec le lancement fin janvier de la campagne de vaccination contre le Covid-19 et suite aux perspectives économiques, certes encore fragiles, mais encourageantes, la question de rétablir les anciens seuils de variation des cours en Bourse se pose aujourd’hui. Contactés par la MAP, plusieurs analystes et experts jugent le contexte actuel « favorable » pour un retour aux seuils initiaux.

Rappelons le, le déclenchement de la crise sanitaire a créé un mouvement de panique à la place boursière casablancaise. L’indice principal, le Masi, a été fortement secoué en perdant plus de 21%, entre le 10 et 17 mars 2020, soit la correction la plus rapide de son histoire.

Face à cette situation inédite, l’Autorité marocaine du Marché des capitaux (AMMC) est intervenue, conformément à son rôle dans la protection de l’épargne et la garantie du bon fonctionnement du marché d’instruments financiers. Ceci s’est traduit par une réduction, depuis le 17 mars 2020, des seuils de variation, qui ont été ramenés à 4% pour les actions, dont la cotation est réalisée en mode continue, et à 2% pour celles cotées en mode fixing et pour les titres de créances.

« Pour répondre à cette question, il faut d’abord rappeler le contexte dans lequel la Bourse des Valeurs de Casablanca avait connu ce net recul de 2.400 points et avait conduit à l’intervention de l’AMMC », a déclaré à la MAP, le consultant en banque et assurance à Paris, Kamal Zine.

« En mars dernier, la connaissance de la pandémie n’était pas au même niveau de profondeur et d’exhaustivité que celui d’aujourd’hui », nous explique l’expert. « Les données manquaient et le monde n’avait pas de visibilité, ni sur la durée de la pandémie ni sur la capacité des pays à la gérer sur les plans économiques et sanitaires ».

Les principales places boursières dans le monde avaient enregistré de fortes baisses, a t-il soutenu, notant qu’au Maroc, l’absence de visibilité et le mouvement de panique chez les investisseurs a conduit à des positions massives à la vente, qui se sont traduites à leur tour par une dégringolade du Masi de 21%.

« Aujourd’hui, la situation est différente. En effet, grâce aux actions Royales, le Maroc a réussi à se procurer d’importantes doses de vaccins. En outre, la campagne de vaccination se déroule dans de bonnes conditions et suscite une forte adhésion de la population », affirme M. Zine.

Sur le plan économique, a t-il poursuivi, la mise en place du Fonds Mohammed VI pour l’investissement devrait catalyser la relance économique, surtout s’il réussit à mobiliser rapidement les 30 milliards de dirhams (MMDH) prévus en complément de l’apport de 15 MMDH de l’Etat.

« Ainsi, nous pouvons dire que les perspectives sur les plans sanitaire et économique sont encourageantes et devraient consolider la confiance retrouvée par les investisseurs depuis le deuxième semestre de l’année dernière », relève l’expert.

Le Masi se situe pratiquement à son niveau pré-covid, c’est-à-dire à celui du 10 mars 2021, a t-il fait remarquer, estimant que l’AMMC pourrait donc augmenter à nouveau les seuils de variation des instruments financiers.

Et d’ajouter : « Dans tous les cas, rien n’empêcherait qu’une telle mesure ne soit révisée si les conditions économiques ou financières venaient à se rétrograder ».

Même son de cloche chez Taha Jaidi, directeur général d’Attijari Global Research. « Le contexte actuel est favorable pour un retour aux seuils initiaux ,compte tenu que la forte volatilité générée par le début de la propagation de la crise sanitaire est aujourd’hui derrière nous », nous confie-t-il.

« Je suis assez partagé car de manière globale, je suis partisan du minimum d’encadrement des seuils de variation car la volatilité fait partie de l’esprit du marché boursier. D’ailleurs, c’est cette volatilité qui permet souvent de mesurer le risque des actions », souligne de son côté, le directeur exécutif de FL Markets (FLM), Farid Mezouar.

« Le rétablissement des seuils est opportun car la crise du Covid est actuellement mieux appréhendée et que l’épisode de panique en Bourse, est déjà dépassé. Toutefois, mon sentiment partagé est lié aux petits porteurs qui ne peuvent envoyer leurs ordres boursiers que via les agences bancaires. Ces derniers font souvent des ordres au mieux pour être sûr d’avoir des ordres exécutés, ce qui peut créer de la volatilité artificielle sur les valeurs d’une faible liquidité », explique M. Mezouar.

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