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Fonds Mohammed VI pour l’Investissement: Entretien avec A. Cherkaoui

Casablanca – Adil Cherkaoui, économiste, professeur à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales (FSJES) de Ain Chock (Université Hassan II de Casablanca) et consultant en RSE, a accordé un entretien à la MAP sur le Fonds d’investissement stratégique auquel SM le Roi a décidé de donner le nom de « Fonds Mohammed VI pour l’Investissement » dans Son discours adressé, vendredi, au Parlement à l’occasion de l’ouverture de la 1ère session de la 5ème année législative de la 10ème législature.

1. Le « Fonds Mohammed VI pour l’investissement » a manifestement tous les attributs d’un Fonds souverain. A quoi devrait-on s’attendre de ce Fonds ? et comment sera-t-il géré ?

Dans son Discours, SM le Roi a mis l’accent sur les défis économiques et sociaux qui interpellent le Maroc afin de surmonter les répercussions de la crise actuelle. Il a placé le plan de relance économique en tête des priorités de l’étape actuelle.

En effet, la création du « Fonds Mohammed VI pour l’investissement » constitue un fer de lance pour cette relance économique tant attendue aussi bien par les acteurs socioéconomiques que par les citoyens. Il a pour objet de « rehausser la capacité des secteurs productifs à investir, à créer des emplois et à préserver les sources de revenu », a précisé le Roi.

Pour réussir ses finalités, l’accent a été porté sur la nécessité de mener à bien son opérationnalisation dans un cadre contractuel national, impliquant l’Etat mais également les partenaires économiques et sociaux en se fondant sur le principe de corrélation entre droits et obligations.

Le Souverain a souhaité que le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement « joue un rôle de premier plan dans la promotion de l’investissement et le relèvement des capacités de l’économie nationale ». Dès lors, cette structure interviendra pour doter les secteurs productifs du soutien nécessaire en vue de financer et d’accompagner les grands projets envisagés, dans un cadre de partenariats public-privé.

2. Quel sera le périmètre de ses interventions et comment seront évaluées ses performances ?

Le périmètre de ses interventions est large et couvre plusieurs domaines, notamment la restructuration industrielle, l’innovation et les activités à fort potentiel, les petites et moyennes entreprises, les infrastructures, l’agriculture, le tourisme. Ceci dit, SM le Roi a accordé une grande importance au secteur agricole, considéré comme le moteur du développement rural au Maroc.

En matière de sa gestion, le Fonds sera doté de la personnalité morale et des structures managériales idoines à ses missions et ses finalités. Il est censé donner de l’exemplarité en matière de bonne gouvernance des institutions publiques où sa gestion devrait être fondée sur la transparence, la reddition des comptes et la performance.

Il sera appuyé par les partenaires marocains et internationaux qui allouent les financements nécessaires pour la mise en œuvre des projets d’investissement escomptés.

Enfin, il est à rappeler que la vocation première de tout investissement public est d’améliorer la croissance, et par la même, le développement économique. En effet, l’évaluation des projets d’investissement public doit viser une performance globale qui tient compte de la contribution du projet au bien-être économique du pays.

Néanmoins, SM le Roi a souligné dans son discours la contribution des projets d’investissements à la croissance économique, appréhendée en termes de points du PIB. Également par l’efficience de l’utilisation des ressources et par la création attendue des emplois au cours des prochaines années.

3. Comment cette stratégie d’investissement va-t-elle s’imbriquer dans le futur modèle de développement dont les contours commencent déjà à se dessiner ?

Tout d’abord il est à rappeler que pendant deux décennies, l’économie marocaine a réalisé une croissance moyenne annuelle de moins de 4% malgré l’effort considérable en matière d’investissement public, en plus des IDE. Le taux d’investissement est parmi les plus élevés au monde avec une moyenne de 34% du PIB par an depuis le milieu des années 2000 jusqu’aujourd’hui.

Les retombées en termes de croissance économique, de création d’emplois ou encore de productivité restent vaines. La banque mondiale, dans son rapport de 2019, a pointé du doigt le faible engagement du secteur privé en la matière et le faible rendement de l’investissement public consenti jusqu’à présent.

La doctrine de « trickle-down economics », selon laquelle, sauf destruction ou thésaurisation, les revenus des individus les plus riches sont réinjectés dans l’économie, soit par le biais de leur consommation, soit par celui de l’investissement (notamment via l’épargne), n’a pas donné les fruits escomptés.

Les incitations consenties en faveur du capital n’ont pas filtré en emplois et richesses vers les classes moyennes et vulnérables. De ce fait, le modèle existant basé sur une croissance dépendante du taux très élevé d’accumulation de capital public fixe, n’est pas soutenable.

La création du « Fonds Mohammed VI pour l’investissement » s’inscrit dans une perspective de relance économique. Cela signifie qu’il est appelé à stimuler la croissance économique en termes de points de PIB. Il aura généralement deux principales contributions.

D’une part, la professionnalisation de la gestion des fonds confiés par les différents contributeurs que ça soit l’Etat grâce aux 15 milliards de dirhams alloués de son propre budget ou encore les éventuelles participations pouvant émaner d’investisseurs marocains ou étrangers, notamment les investisseurs institutionnels financiers ou non financiers. Et d’autre part, la mutualisation et la rationalisation de ces investissements en les drainant vers des secteurs productifs, à forte valeur ajoutée dans une optique d’efficience dans l’utilisation de ces ressources mais également de transparence et de reddition des comptes.

De là, il constitue une sorte d' »un fonds de fonds » qui va investir dans des véhicules spécialisés pour soutenir la restructuration du secteur industriel, le tourisme, le soutien à la très petite, petite et moyenne entreprises (TPME) ou encore l’agriculture qui devrait avoir une place particulière dans cette stratégie d’investissement.

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