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Ramadan: un impact mitigé sur l’économie

MDJS NT7ARKO W NKTACHFO

Hasnaa ELAKKANI

 

Casablanca, Si les vertus du mois sacré de Ramadan sont bien évidentes, ses effets sur l’économie restent toutefois mitigés. Certains secteurs prospèrent pendant cette période alors que d’autres pâtissent du ralentissement de l’activité économique.

Les changements d’habitudes de consommation observés pendant ce mois béni, en plus du couvre-feu instauré pour juguler la pandémie du Covid-19, impactent vraisemblablement et à des proportions différentes les secteurs d’économie.

La question de la productivité revient aussi chaque année du fait de la baisse du nombre d’heures de travail et des effets du jeûne et du changement des habitudes de sommeil et d’alimentation durant le mois sacré.

« Le pic de la consommation alimentaire pendant le Ramadan profite aux grandes surfaces, marchés hebdomadaires et quotidiens, épiceries mais aussi – si on exclut cette période exceptionnelle de pandémie et de crise sanitaire – aux cafés et restaurants et aux loisirs de la nuit », a indiqué l’économiste Abdelghani Youmni.

« Quant aux secteurs qui en souffrent, ce sont ceux du transport, de l’hôtellerie, du luxe et de l’habillement non traditionnel… », a-t-il ajouté dans une interview à la MAP.

En général, M. Youmni estime que le mois du Ramadan a bien un impact sur l’économie, quantitativement plutôt négatif sur la croissance économique et sur la productivité alors que qualitativement les bienfaits sur le bien-être et la spiritualité des pratiquants semblent positifs et le ratio coût/bénéfice est en définitive en faveur du volet spiritualité.

« Il ressort donc qu’on est face à un paradoxe supplémentaire qui mêle recul de la productivité et hausse de la consommation alimentaire des ménages”, a-t-il fait observer.

Si l’impact est tangible mais difficilement calculable, la surchauffe dans la fonction consommation entraîne une hausse de la demande alimentaire de l’ordre de 37% qui conduit à une augmentation conjoncturelle des prix de certaines denrées, ce qui n’est pas une inflation, a-t-il expliqué.

Ce phénomène saisonnier est confirmé par la dernière note du Haut commissariat au Plan (HCP) qui cible les produits dont la demande s’envole comme les poissons frais et les fruits de mer avec une hausse des prix de 5,6%, les œufs et les agrumes avec 2,3% et les fruits 1,9%. Le lissage de ces hausses sur l’ensemble du panier de la ménagère permet d’obtenir une hausse moyenne des prix de 0,6%.

 

Quel impact du Ramadan sur la productivité ?

M. Youmni estime qu’il ne faut surtout pas opposer spiritualité et productivité, économie et religion. Néanmoins, en plus d’une productivité qui recule pendant le mois du Ramadan entre 20 et 30% selon une étude sérieuse pilotée par la BBC, au Maroc à titre d’exemple l’activité perd, en plus de la baisse de la productivité, plus de deux heures par jour, soit 42 heures par mois soit 5 jours au total ce qui correspond à plusieurs millions d’heures de travail rémunérées par les entreprises.

« Avouons-le, ce n’est le pas le Ramadan qu’il faut incriminer mais plutôt les habitudes et les comportements qui s’installent pendant ce mois sacré, pour ne citer que le manque de sommeil causé par les veillées nocturnes qui affectent l’horloge biologique et les changements dans le régime alimentaire », a-t-il dit.

L’économiste a aussi mis l’accent sur le manque d’efficience dans la gestion des flux de circulation dans les métropoles, ce qui nécessite des pouvoirs publics et des acteurs économiques de repenser le management des débuts et des fins de journées pendant le mois de Ramadan afin d’éviter des bouchons, des accidents et des pertes colossales de productivité par des personnes qui passent 30% du temps de leur journée de travail dans leurs voitures.

Par ailleurs, il souligne que l’éthique au travail et le devoir de compenser le revenu du travail par la contrepartie quantité d’heures offerte ne s’opposent pas aux devoirs religieux. « Ces derniers ne doivent plus servir d’alibi pour ne pas s’acquitter des devoirs citoyens de contribuer à la production de la valeur ajoutée et au développement du pays », a-t-il insisté.

M. Youmni a dans ce sens fait remarquer que « ces comportements sont en recul pour de multiples raisons dont celles liées à la nature désormais concurrentielle de l’emploi et du revenu, de même que les conflits jadis perpétuels dans les rues connaissent aussi une décrue à cause de la hausse du niveau d’éducation et de conscience chez les citoyens ».

En outre, le Ramadan, mois lunaire, reculerait de plus en plus vers des journées moins longues et plus fraîches, a-t-il ajouté, relevant que tout cela militerait en faveur d’une activité économique plus sereine et d’une externalité négative sur la productivité davantage atténuée.

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