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Post-coronavirus: Cinq questions à Omar Hniche

Propos recueillis par Maria MOUATADID

Rabat – Le vice-président à l’Université Mohammed V de Rabat, chargé des affaires académiques et estudiantines, et directeur du Centre interdisciplinaire de recherche en performance et compétitivité (CIRPEC), Omar Hniche, explique dans une interview à la MAP sa vision sur la relance de l’économie nationale au lendemain de la crise du nouveau coronavirus.

1- Dans quel état sera l’économie marocaine après la crise du coronavirus et le confinement ?

Il est bien difficile de déduire aujourd’hui l’ampleur que prendra la récession de notre économie. La reprise économique dépendra du moment, des conditions et des modalités de sortie du confinement dans notre pays. Elle dépendra aussi du calendrier et des modalités de déconfinement dans les pays à fortes relations économiques avec le Maroc (France, Espagne, etc).

Fort heureusement notre pays a su réagir en mettant en place une panoplie de mesures anticipatives à l’instar de la création du Fonds spécial pour la gestion de la pandémie de Covid-19. Le Comité de veille économique (CVE) a œuvré, dans ce sens, en prenant des mesures d’urgence, concernant le volet social et économique, avec une priorité donnée aux travailleurs en arrêt d’activité, aux ménages opérant dans le secteur informel ainsi qu’aux entreprises les plus impactées notamment les TPME : subventions salariales, report des échéances bancaires, suspension du paiement des charges sociales, report du dépôt des déclarations fiscales, autant de mesures qui pourraient faire éviter la faillite à un certain nombre d’entreprises et éviter aussi des pertes d’emplois.

2- Comment l’économie parviendra-t-elle à se relever après un tel choc ?

Avec cette crise du Covid-19, tous les regards sont désormais tournés vers l’Etat avec un retour en force de « l’Etat-providence » et la nécessité de renforcer davantage l’élan de solidarité qui s’est installé. La pandémie a montré la faille du système économique néolibérale et les politiques de démantèlement du service public qui l’ont accompagné et rappelle le caractère obligatoire d’un Etat ramené à sa mission première : un Etat qui se préoccupe de ses citoyens.

Au lendemain du Covid-19, il conviendra de replacer l’action de l’État en lui permettant d’assumer véritablement son rôle moteur sur le plan socio-économique.

Il conviendra aussi de soutenir les entreprises nationales, et de poursuivre l’élan de solidarité et d’unité, qui s’est installé, au service de notre économie.

3- D’après vous, comment peut-on redémarrer l’économie après cette crise ?

En fonction du calendrier de sortie du confinement, le retour des différents secteurs à l’exercice de leurs activités devra se faire de manière progressive. Parallèlement, un plan de relance économique devra être déployé. A notre avis, ce plan devra être axé sur une politique de relance budgétaire consistant notamment à rationaliser les impôts (pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages) et à augmenter la dépense publique (pour sortir de la récession et relancer l’activité économique).

Sur le plan de la dépense publique, il conviendra de soutenir les entreprises nationales, les TPE, les entreprises opérant dans les secteurs les plus touchés (par exemple, une prise en charge par l’Etat des charges sociales et de l’IR sur salaires).

Parallèlement, il faudra renforcer la gouvernance des services publics et mettre en place une administration publique moderne, performante et citoyenne qui doit servir d’outil performant de développement économique d’une part et de satisfaction des besoins de la population d’autre part.

Il conviendra aussi de repenser le processus d’ouverture et d’intégration du Maroc dans l’économie mondiale et de renforcer notre indépendance économique. Encouragement des produits locaux oblige et limitation de nos importations au strict nécessaire pour ne pas exercer de pression sur nos réserves de change. Le moment aussi de renforcer la concurrence, de lutter contre l’ensemble des rentes, contre les monopoles et les ententes et contre la corruption, de mettre en place des politiques sectorielles qui soient plus cohérentes entre elles, de réorganiser les territoires et mettre en place une régionalisation efficace.

4- Quels sont les secteurs prioritaires à cibler pour réussir ce redémarrage?

Si tous les secteurs de l’économie nationale sont affectés par la crise du Covid-19, certains sont plus durement touchés que d’autres et enregistrent des pertes sèches. Il est urgent de soutenir ces secteurs tant à court terme qu’à long terme : le transport aérien, portuaire, routier et ferroviaire, le tourisme, l’hôtellerie, l’événementiel, la restauration, les activités liées à l’import-export (notamment l’automobile, l’aéronautique et le textile), le secteur des BTP, l’agriculture, … surtout que beaucoup de ces activités seront maintenues pour leur plus faible niveau, même après la levée de l’état d’urgence, et ce jusqu’à ce qu’un vaccin contre le coronavirus soit trouvé.

Il faut noter aussi que le redémarrage des secteurs dont les activités sont liées à l’étranger sera plus complexe et plus difficile, car il dépendra particulièrement du redémarrage de l’économie mondiale et des politiques de relocalisation qui seront adoptées par les pays développés.

5- Quel rôle peut jouer les secteurs public et privé, chacun de son côté, pour relancer l’économie ?

Il faut dire que la responsabilité incombe aussi bien au secteur public qu’au secteur privé pour une relance de l’économie marocaine après la crise du Covid19.

Dans ce sens, il est plus judicieux que l’Etat renforce son soutien budgétaire à l’économie. L’État doit investir davantage pour relancer la machine économique et tout arrêt de la commande publique impactera davantage la santé de nos entreprises et de notre économie, et remettra en cause toute possibilité de reprise.

Ce rôle moteur à assumer par l’État sur le plan de la relance économique devra être dynamique et devra combiner les contraintes sociales et environnementales. Il s’agit de trouver un bon dosage entre les équilibres macro-économiques et les équilibres sociaux et environnementaux.

Parallèlement, il faudra un renforcement de la compétitivité du secteur privé tout en consolidant son rôle social ainsi que sa responsabilité sociale et citoyenne. Il s’agit de mettre le secteur privé au service du développement durable en y intégrant des normes sanitaires, sociales et environnementales.

En somme, il faudra mettre les bases d’une économie mixte, compétitive et solidaire nécessaire au jaillissement d’un tissu d’entreprises nationales résilientes et productives.

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